On being vulnerable, on being safe

Je n’ai pas trouvé de titre en français.

Le problème à poser est celui-ci : la balance entre le fait d’ouvrir, beaucoup, et celle de rester, quand même, dans un état stable. Dans une relative tranquillité (pour l’ataraxie, on attendra un peu, ça se travaille).

J’ai toujours vécu l’associatif de manière assez personnelle. Toujours un peu avec les tripes. Toujours depuis une place où je trouvais normal de parler de mon attachement, de ma fatigue, de ma sensibilité à un sujet, de mes peurs ou de mes moments de fierté. Bref, j’ai toujours ancré ça sur une histoire personnelle.

Je le fais d’autant plus que je sais qu’on ne peut pas tout savoir, et que beaucoup de réactions sont incompréhensibles si, sans être dans l’intimité des gens, on ne sait pas si c’est normal. Quand ça va pas bien, mais que c’est documenté, j’augure que les crises de nerfs seront reçues avec un peu plus de bienveillance.

De manière plus générale, je pense que ça permet, en la matière associative où c’est de toute manière inévitable, d’attraper l’humain, toujours, et de ne jamais faire de moi une espèce de figure parfaite, lisse, inébranlable. Je ne suis rien de tout ça. Je fais quand même.

Et puis, écrire, dans des situations où tout –tout– est compliqué, écrire ici m’a toujours permis d’y voir plus clair. Et l’écrire de manière ouverte a aidé, dans quelques cas. Parce que je cherchais à expliquer. Pas seulement à raconter ce qui m’est arrivé. A expliquer. J’ai mis le doigt sur plein de choses comme ça. Bon, les psys qui me lisent savent ça.

En tout cas je n’ai pas trouvé mieux. Et, comme je pratique cet associatif-aux-tripes depuis un moment maintenant, je doute de savoir faire autre chose.

Je connais les conséquences. Je sais que c’est toujours un risque, d’ouvrir. Il y a toujours ce risque qu’on profite de la plaie dévoilée pour venir y mettre du sel. Mais jusqu’ici je m’y retrouvais : beaucoup de discussions franches ont commencé parce que c’était écrit comme ça, des gens ont pu faire leur propre chemin en s’aidant des jalons que j’avais mis pour documenter mes propres questions. Pour l’instant je m’y retrouvais.

Alors, parfois, il y a ce moment malaisant où vraiment c’était très intime, ce que j’ai écrit, et vraiment cette personne qui me parle du texte n’est pas du tout une personne intime. Ce décalage est toujours très gênant. Et tu n’as pas envie de poser la question « pourquoi tu t’es mis à lire ? ». Tant que l’échelle est celle-là et les gens respectueux, en fait, ça va.

Et puis il arrive ce moment où ça fait collision. Où ça coince. Et où on se demande si ouvrir vaut encore le coup. Si ce n’est pas juste une surface d’exposition en plus pour des personnes mal intentionnées, ou peu enclines à comprendre la démarche.

Je me demande si à force d’ouvrir, je ne suis pas aussi, plus sensible, voire plus fragile. C’est compliqué de dire quand la parole rencontre toujours : ce n’est pas assez, ce n’est pas le lieu. Ça sonne toujours comme une remise en cause d’une forme de faiblesse. Je ne crois pas que c’en soit. Je préfère pratiquer le travail militant avec mes difficultés plutôt que à l’extérieur mes difficultés. Tout le monde en a. On les range juste sagement dans des jolis placards propres avant de relever nos manches. Peut-être qu’en luttant avec on peut en faire quelque chose ?

Dans tous les cas, je ne demande pas qu’on s’apitoie, je pose une information. C’est peut-être un peu gênant, un peu obscène, tu aimerais ne pas t’en mêler, mais voilà. A minima j’aurai expliqué la limite.

Cette ouverture donne parfois, j’en conviens, une impression de discours centrifuge, une spirale qui va vers soi et se recentre. Je suis probablement plus centrée sur moi-même que je ne veux le croire, mais je ne veux pas tout ramener à moi. En tout cas, j’essaye, je résiste. C’est pas ce que je veux faire là. J’essaye de comprendre.

J’ai envie de sortir de moi, en réalité. Mais c’est comme sur un bateau, il y a un point d’équilibre à retrouver entre le bateau qui tangue et le quai.

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