Papillons et manifestation.

Elle ne pleurait pas, mais hurlait avec les autres « Résistance! », par cet hiver cinglant où tardait la lumière rousse sur la façade des immeubles de la rue de Montreuil. Les premières lueurs du printemps se faisaient attendre.
Elle avait son petit poing levé; furieux. Dans ses yeux dardait cette étincelle tapageuse, celle des révoltés.

A vingt et un ans, on n'a pas envie de survivre.
Elle avait cette douloureuse impression de mener une vie trop remplie, trop riche en rebondissements, trop riche en coups de théâtre.

Ce au-revoir, la veille, avait été terrible : son ventre s'était tordu de douleur alors qu'elle faisait les premiers pas vers la rame de métro. Elle savait, au fond d'elle, qu'elle ne reverra peut-être pas cette lumière qui pétillait au fond de ses prunelles, son sourire, déjà flou, qu'elle embrassait goulûment, comme on mord dans une pomme, avec bonheur. Son visage si près du sien qu'elle ne voyait que son sourire, ses lèvres, et soudain plus rien. La distincte sensation de sa peau contre la sienne, ses doigts dans sa nuque.
Et la pluie fine qui brillait sur son pull.

La semaine dernière s'était ouverte sur un goût de victoire. Celle-ci s'ouvrait avec ce relent amer mêlé de colère et de regrets. Un goût amer collé au fond de son palais.
Elle s'étonnait un peu. Elle qui se tenait là, le poing levé, sur la place de la Bastille, n'avait pas voulu se battre pour la retenir, elle.
Elle ne se sentait pas de la mettre en cage. Elle ne voulait pas l'obliger à rester. Elle aurait voulu, mais le courage lui manquait. Elle n'avait eu que -lâchement- l'envie de l'embrasser alors qu'elle parlait d'au-revoirs possibles. Et elle n'avait même pas osé le faire. Peur sans doute de paraître déplacée.

Elle ne pleurait pas, elle avait juste la rage au ventre. Elle avait touché les nuages, vécu une sorte de rêve prolongé et cotonneux, à l'image de ce sourire flou qui se brouillait au contact de ses lèvres. Elle ne voulait pas redescendre. Qui voudrait redescendre ?
C'était dérisoire, mais elle s'accrochait à ces quelques souvenirs dorés comme à la planche pourrie d'un bateau qui vient de couler. Peut-être était-ce inutile.

Les papillons dans son ventre bataillaient, s'invectivant contre la possibilité du vide. Tout comme le début, la fin lui paraissait presque irréelle. Comme dans une comédie romantique délavée, elle avait eu droit aux aveux déchirants -la scène de trop.

Elle marchait la main posée sur son ventre, pour faire taire les papillons, quand elle criait le mot « femme ». Et c'était comme si ses mains se maculaient de sang.

Le Coming-Out, une démarche has been ?

Je n'ai pas respecté le jour du Coming-Out comme j'aurais dû, en bonne militante harveymilkienne, mais par contre je passe mon temps à en parler. Et là, le post de Vincent Bourseul sur Yagg a attiré mon attention. Il fallait que je réagisse. 
En plus, ça tombe super bien, vendredi dernier j'ai parlé de mon Coming-Out devant la caméra. Vous saurez bien assez tôt ce que ça donne.

Bref, bref.

Le coming-out serait donc has-been…je ne crois pas.
Dans le contexte militant, c'est vrai que, par rapport aux années 70/80, c'est moins pertinent de dire que ça sert à faire comprendre aux gens qu'être gay ça change rien, la preuve, ça fait vingt ans qu'ils en cotoient un. Le curseur d'acceptation est ailleurs.
Sauf dans certains milieux où ça reste encore très vrai, parce qu'ils s'imaginent que ça n'existe pas. Donc déjà faut leur montrer que c'est possible tout en étant une personne très équilibrée. Et le Coming-Out, ça sert à ça.

Dans le contexte personnel, le Coming-Out est pour moi essentiel.
Il faut déjà rappeler que faire son Coming-Out, ce n'est pas du tout -comme beaucoup peuvent le croire- crier qu'on est homo sur tous les toits.
Ce n'est pas de l'exhibition. On ne leur raconte pas toutes les nuits passées à faire des folies de notre corps, on remet juste un truc au point. D'autant plus qu'en général, on le dit à nos proches et pas au monde entier (il se peut qu'on ait une période; comme moi : « Bonjour-je-suis-lesbienne », mais ça dure très peu de temps, ça dépend des gens et c'est pas compris dans le Coming-Out stricto sensu).
Et ce truc qu'on remet au point, c'est qu'on est attirée par le même sexe. Ça aide lorsque Maman vous demande si vous avez trouvé un petit copain. Vous n'êtes pas obligée de sourire bêtement en disant que ce n'est pas le cas.

En fait, il y a deux choses hyper-importantes qui se passent lors d'un Coming-Out.
Au niveau des parents, y'a des mythes qui tombent : ma fille n'aura peut-être pas d'enfant, elle ne se mariera peut-être pas (sauf changement dans la législation, on croise les doigts), elle n'aura en définitive pas la vie que j'imaginais qu'elle aurait, elle sera vraiment différente.
Ce sont des choses que même les parents les plus coulants doivent faire l'effort de réaliser. Ce n'est pas forcément un grand effort, mais c'est un deuil qu'il faut faire, et vaut mieux qu'il commence dans le salon un beau dimanche midi, qu'à la mairie au moment de votre PACS, parce que là c'est violent.

Au niveau des enfants, y'a une expérience métaphysique qui se produit (attention !)
Parce que ce n'est pas seulement déposer la vérité aux pieds de ses parents, avancer pour la première fois à visage découvert (coming out of the closet, hein, sortir du placard, donc du mensonge, de la double vie qu'on menait avant, et que j'ai trouvé pesante), c'est aussi faire acte d'existence.

Quelle que soit la manière dont on le formule, le Coming-Out est une parole performative (autre grand mot d'intellectuelle !).
C'est une parole qui crée une réalité. Cette réalité, c'est votre identité d'homosexuelle. Vous existez enfin à vos propres yeux comme pleinement homosexuelle, le fait de le dire permet de le réaliser. Lorsque vous sortez d'un questionnement plus ou moins long (c'est mon cas), vous posez par ces paroles la première pierre d'un édifice stable.
Il y a un penseur qui disait qu'on existe aussi grâce au regard de l'autre, eh bien là, c'est exactement ça. Le fait qu'enfin l'autre vous regarde telle que vous êtes vous consacre si j'ose dire en tant que telle.
Moi je l'ai vraiment vécu comme ça : ayé, j'suis gouiiiine, c'est sûr, j'ai eu le courage de l'assumer, de le dire à ma môman, je ne reviendrai plus en arrière et je ne me poserai plus de questions existentielles, c'est fini. Je suis assez sûre de ma sexualité pour accepter qu'elle fasse partie de moi et qu'elle soit montrée au grand jour.

Eh ben, mine de rien, dans la vie d'une gouinette, c'est énorme.

Etre lesbienne est-il un acte féministe ?

Je me suis posé la question ce matin.

Les filles qui aiment les filles et qui me lisent, mettez-vous dans la situation (que vous avez toutes plus ou moins connue, ne niez pas) : il est 3h du mat', vous avez accompagné (quelle générosité) votre meilleure amie en boite hétéro et vous regrettez amèrement, et pour cause, un vieux relou vous alpague. Vous lui répondez poliment que vous êtes nomonexuelle, mais visiblement il ne comprend pas:
– Bah super, on peut faire un plan à 3 ?
– …
Mine consternée, soupir, etc. Vous cherchez des yeux votre meilleure amie, désespérée. 

Ils n'ont rien compris.
C'est très gentil à eux -qui croient nous faire plaisir- de mettre à notre disposition leur petite copine, mais en fait c'est pas si gentil que ça. Nous, on est les lésées dans l'histoire.
Le cadeau, c'est plus pour eux & leur copine.

Pour un peu qu'on soit un tantinet exclusive -comme je le suis- l'expérience peut se révéler au mieux agréable, mais toujours frustrante. Le niveau de plaisir dépendant souvent de la présence plus ou moins insistante de monsieur dans l'histoire.
Vous sortez de là, furieuse, seulement à moitié satisfaite, un peu usurpée.
Vous avez été, le temps d'une nuit, un outil, un sex-toy.
Logique : mademoiselle a deux personnes pour elle toute seule; monsieur est aux anges de voir sa nana s'envoyer en l'air avec une autre, et vous, vous avez pris ce que vous avez pu, puisque vous ne pouvez touchez mademoiselle que 50% du temps, le reste étant alloué à monsieur.

A vous les mecs, j'aimerai vous dire : on n'est pas lesbienne pour vous supporter dans notre lit. Si on est goudou, c'est qu'à priori on n'a pas besoin de vous. D'où mon titre (je ne l'ai pas oublié).
Etre lesbienne, c'est quelque part un acte féministe, parce que c'est vous montrer qu'on peut très bien atteindre l'orgasme sans vous. Et avec vos proies à vous.
Ce n'est pas pour rien que le mouvement d'affirmation des lesbiennes s'est d'abord greffé sur celui des féministes. Et d'ailleurs, les chiennes de garde, bien que parfaitement hétérosexuelles, sont des butches parfaitement réussies.

J'en ai marre de ces hommes qui croient être ouverts d'esprit, et qui derrière sont capables d'utiliser la lesbienne comme un objet visant à satisfaire leurs fantasmes. Notre sexualité et la leur sont au même niveau. L'une ne doit pas servir l'autre.
Ça suffit. Nous sommes des êtres humains également, avec des sentiments, avec lesquels ils jouent sans savoir ce que ça peut avoir comme conséquences, et les conséquences peuvent être désastreuses.

Donc messieurs, le plan à 3 c'est réservé à trois personnes TOUTES bisexuelles, et pas du tout sentimentales, sinon vous risquez de frustrer au moins l'un/e des trois participants. Ce sont des configurations très très rares, donc arrêtez de fantasmer, ça ne se trouve pas sous le sabot d'un cheval. La quasi totalité des couples qui s'y essayent se brisent au bout d'un moment.

Arrêtez, par pitié, qu'il suffit de pousser une fille dans les bras d'une gouine pour qu'elle soit contente. Arrêtez de penser que le cul justifie tout, arrêtez de penser que c'est normal. Non, ce n'est pas normal, faire l'amour c'est aussi prouver son amour à quelqu'un en partageant un moment de grande intimité avec cette personne. Et un moment d'intimité avec mademoiselle quand monsieur regarde, ce n'est plus très intime. Ce n'est, à la limite, même pas la question qu'il soit un mec, c'est qu'il soit là.
Ne venez pas me dire que je suis androphobe, vous avez bien vu que non. C'est juste que j'estime suffire amplement au plaisir de la fille à qui je fais l'amour, et que les garçons sont vraiment accessoires dans l'histoire, parce que si je l'aime je pense que c'est ce qui suffit.

 A bon entendeur….

From mon blog 

A propos de la marche contre le SIDA du premier décembre

Vous pensez que la marche du 1er décembre fait associer Act-Up et Sida dans la tête des gens ? Vous pensez qu'il est mieux de faire de la prévention et de récolter des fonds ?
La question est ouverte.
Un ami m'a fait un pamphlet comme quoi la marche du 1er décembre n'avait aucune utilité dans la lutte contre la pandémie. Je ne pense pas que ce soit totalement inutile, mais enfin, ça m'interroge, je pense qu'il souligne quelque chose d'intéressant.

Le Yagg Bar : Les playlists !

Bonjour !

En tant que DJ autoproclamée et parfaitement illégitime -d'autant plus que je suis intermittente-  je passe parfois un peu de musique sur les platines du Yagg Bar.

Quand vous n'aimez pas, vous le dites.
Quand vous aimez, vous avez envie de réécouter.

Je mets donc à votre disposition les playlists des dernières soirées au  Yagg Bar où j'étais aux platines !

1- Parlez-moi d'amour : l'état amoureux à l'honneur !
=>  http://www.deezer.com/music/playlist/yagg-bar-1-parlez-moi-d-amour-31146200

2- Vonvon's Night : P'tit Vonvon Yaggeur de la semaine, ça se fête !!
=> http://www.deezer.com/music/playlist/yagg-bar-2-vonvon-s-night-31376534

3- September's Pop : De la joie et de la pop, pour fêter la rentrée !
=> http://www.deezer.com/music/playlist/yagg-bar-3-september-s-pop-31405762 

Enjoy' !

Je mettrai ce post à jour si de nouvelles playlists voient le jour^

Réflexion du jour : poils et gouinitude.

Bon.
Je revenais de mon institut de beauté cet après midi, et, alors que je félicitais le destin d’avoir fait que j’ai eu droit à la patronne et pas à une de ses appétissantes assistantes (!), une idée m’est venue.
Non, pas celle de coincer l’une des charmantes assistantes en question dans une cabine et lui arracher sauvagement ses vêtements (quoique…). 
Je me suis aperçue que j’étais quand même dans une situation tendue.

Réalisez la chose : jusqu’à preuve du contraire (preuve qui aujourd’hui ne s’est pas manifestée) je suis une fille qui aime les filles.
Et comme toutes les filles, j’ai des poils, dont je veux me débarrasser.
Pour des raisons multiples, je suis condamnée à déléguer cette lutte contre le poil maudit à de fidèles soldats, j’ai nommé les esthéticiennes.

Mais seulement voilà je suis une fille qui aime les filles, et les esthéticiennes, jusqu’à preuve du contraire, sont…des filles. Et souvent jolies et bien apprêtées avec ça.
Aie.

Alors, c’est sûr, on peut dire (et c’est vrai) que les gestes sont d’ordre médical, que de toutes façons vous avez mal et que vous êtes pas dans le mood, là tout de suite, à demi-nue en train de serrer les dents, pour penser à des turpitudes.

N’empêche que se concentrer sur le décolleté de la demoiselle, ça aide à faire passer la douleur.
Et quand elle vous rase le maillot, vous ne pouvez
pas ne pas penser à mal.

Donc, je me demande si il y a des filles qui ont choisi d’opter pour des solutions «at-home» de peur d’être gênées?
On rejoint le problème du gynéco homme ou femme, en moins pire, au final.
Perso, je m’en fiche un peu (suis obligée d’y aller de toutes manières), mais il y a des moments où c’est plus fort que moi…