Un plan, ça te dirait ? Anatomie d'un ras-le-bol

Et voilà. J’adore les garçons avec lesquels je traîne. Vraiment. Mais sauf votre respect, les enfants, il faut que je vous explique un truc.

Allez, on va passer quelques heures dans la peau d’une goudou : prenez une sortie en boîte, par exemple (en boite hétéro, hein, au Tango y’a moins de chance que ça arrive ;)). Un jeune homme va vous aborder, vous draguer un peu. Vous expliquez gentiment que vous n’êtes pas intéressée, étant lesbienne. Monsieur va vous proposer que vous vous joigniez à lui et sa copine. Vous déclinez une seconde fois. Bon.

Puis au détour d’une discussion sur IRC, vous vous faites draguouiller (oui, ça arrive :3), vous finissez par expliquer encore une fois que vous êtes lesbienne (donc pas intéressée), et ça manque pas : « Hé, un plan à 3, ça te dirait pas ? ». BON.

Et puis en fait, à chaque fois que vous croisez un garçon qui va vous draguer avec plus ou moins de tact, ce sera la même chanson.

C’est flatteur de se faire draguer, même si on n’est pas intéressé, ça fait toujours plaisir. Et puis c’est inévitable, c’est la vie. Là où ça coince c’est cette espèce de rapport systématique entre lesbienne et plan à trois.

Bien sûr qu’au début, on trouve ça juste un peu lourd et qu’on passe au dessus. Mais quand on passe deux ans à essuyer la même chose…

On trouve ça juste insupportable.

Il y a deux choses dans le fait qu’on en aie ras-le-bol :
1. Il est très rare de trouver un mec qui ne va pas à un moment vous sortir la question, c’est assez répandu (les filles, les témoignages sont ouverts !). Il existe fort heureusement des garçons (j’en connais :3) qui ont du vrai tact et ne le font pas, mais ils sont rares…
2. Quand on regarde, la proposition nous renvoie une image de ce que vous pensez très négative. Et évidemment, plus on la rencontre, plus on a tendance à penser que vous êtes tous à la masse.

Bon, une lesbienne, elle entend quoi quand vous lui proposez ça ?
– Je n’ai pas compris la base de tout ce que tu viens de me raconter qui est : lesbienne = couche avec des filles uniquement. Et donc pas des garçons, huhu.
– Tu as forcément besoin d’un kiki, comment tu peux t’en sortir sans ? (Très bien, merci)
– Son corrollaire : le sexe entre lesbiennes n’est pas forcément du sexe, sauf pour les préliminaires….(PARDON ?!)
– Lesbiennes = Anna et Matilda, qui s’émoustillent en attendant Strogoff et son gros engin – qui regarde pendant ce temps-là. (Je ne suis pas un sex-toy, merci de le noter)
– Lesbienne = 2 filles au service du plaisir de Monsieur (Oui, si tu demandes à Monsieur si il envisagerait la même chose avec un mec et toi, il dit non, en général. C’est dingue, c’est un plan à 3 aussi, non ?)

Alors peut-être, messieurs, que vous ne pensez pas tout ça, et tant mieux. Mais comprenez une chose : on peut passer au dessus de ça en se disant : « C’qu’un gros relou, d’façon ».
Au bout du 50e on arrête de sortir dans des lieux hétéros, pour s’éviter cette peine. Au bout du 100e on a vraiment des envies de baffes et on se demande si vos têtes à vous, les garçons, sont occupées par des concepts étranges.

C’est triste. J’adore la compagnie des garçons, et ça gâche un moment sympa parce qu’on a envie de frapper celui qu’a sorti ça, même s’il pensait pas forcément à mal.
Oui, parce que ça se cumule. Plus on a essuyé ce truc, plus le prochain a des chances de profiter de moins de patience.

C’est juste une histoire de tact et de bon sens. Les lesbiennes (et les bi à fortiori), on passe notre temps déjà à expliquer que notre sexualité n’est pas une sous-sexualité. On a plein de mini-homophobie ordinaire dans la tronche toute la journée (Stephanie Arc explique ça très bien). C’est un truc de plus qui vient se rajouter au quintal de bêtises qu’on entend tous les jours.
Et à 23h, quand on parle à des copains, on s’attend juste à ne pas devoir se justifier. C’est aussi con que ça.

K's Choice : retour à Echo Mountain

Encore un concert de K’s Choice, et donc, encore une critique. Je ne m’en lasse pas. Si vous avez lu mes autres critiques du même groupe, vous savez déjà que je suis une groupie. Si c’est pas le cas, vous êtes prévenus, cet article est objectif….oh wait.

Echo Mountain

L’acoustique leur va si bien.
On te croit pas quand tu dis que tu vas voir K’s Choice en acoustique et que tu augures un excellent concert, malgré les places assises numérotées, la scénique très dépouillée, la formation resserrée du groupe (uniquement Gert, Sarah, et leur pianiste) l’absence de gros-son-poilu-qui-pique. Pas assez de sensations, qu’y disent. Petites natures. L’acoustique provoque de très belles sensations, aussi. Je m’en vais vous le prouver.

Il faut reconnaître quelque chose à ce groupe, c’est que l’acoustique leur va bien. C’est un groupe de rock, qui peut tenir une scène et un public qui bougent, mais qui rentre très bien dans les doux chaussons de la configuration 3 caisses pour s’assoir / quelques lumières / deux guitares et un piano. C’est un groupe qui a assez de présence scénique pour se passer des fioritures.

Mettre l’essentiel en valeur
La voix de Sarah, je trouve, était très bien mise en valeur ce soir. Etait-ce dû à ma proximité avec le poste de l’ingé son, qui faisait que je disposais d’un bon retour ? En tout cas, j’ai trouvé que la chanteuse des K’s Choice avait une voix plus travaillée. C’était différent de son interprétation en solo, sur Shine, où sa voix est un peu plus râpeuse. Hier soir, elle était claire et douce, beaucoup plus présente. J’aime beaucoup le côté crooner qu’on a dans certaines chansons en solo, mais cette énergie-là rend vraiment bien. Surtout quand la sono est au rendez-vous, que les effets (delay, écho…) sont utilisés avec parcimonie et judicieusement.

L’instrumentalisation très dépouillée mettait bien les voix en valeur. Du coup, j’ai (re)découvert Gert. Comme il a interprété des chansons tirées de son projet solo, on a eu droit à sa voix et à son émotion propre, de manière plus privilégié qu’en seconde voix répondant à sa sœur. Je ne savais pas qu’il avait une voix aussi douce. Je ne savais pas qu’il avait cette puissance d’émotion. En fait si. Waw.

Ce qui était assez impressionnant avec ce concert, c’est que la scénique était très dépouillée (juste trois caisses pour s’assoir, et le fond avec la montagne, le visuel de la couverture d’Echo Mountain), et le jeu de scène réduit à son minimum (des jeux de regard, des mimiques), aucun grand « show » particulier. Mais le public osait à peine taper dans les mains pour pouvoir écouter. Ils tenaient la scène.
Il faut dire que cette scénique dépouillée était intéressante, puisqu’elle laissait la place à la voix, à l’émotion, au charisme des musiciens surtout. Juste les effets de lumière qu’il faut, qui donnent l’ambiance. Ils évoquent tantôt le lever du soleil, l’ambiance boisée de la montagne, le froid des pôles…notre imagination se met tout de suite en marche. C’est juste évocateur ce qu’il faut en mettant la musique en valeur.

« Vous avez un enthousiasme très unique »
On savait que Sarah aimait beaucoup le public parisien. Le public parisien le lui a bien rendu ce soir. Il y a déjà le fait que l’attention était telle qu’on tapait très peu dans nos mains pour ne pas faire d’interférences, mais, au delà de ça, malgré les places assises dans la salle, l’ambiance était chaleureuse. Il faut avouer que l’enthousiasme de Sarah et Gert, leur joie de jouer ensemble, est communicatif. A voir la joie qu’ils ont de jouer ensemble, on ne peut qu’être transporté à notre tour : la chanson «If This Isn’t Right » s’est jouée dans l’euphorie générale. A la fin du concert, la salle était debout.

« Vous avez un enthousiasme très unique », remarque la chanteuse de K’s Choice. Qui a dit que l’acoustique, c’est tout pourri ? Le message passe. L’émotion est là. Les gens sont heureux et il n’y a pas besoin que tout le monde hurle pour que ça se voie. C’est dans l’air.

Sarah, heureuse de voir ce beau retour, nous confie « Sometimes I wonder if I should continue doing this with my life, but when I see what I saw tonight, I know that I’m on the right place, thank you » . Ce qui est beau avec la musique, c’est qu’on passe son temps à se dire merci : on est tellement heureux d’être là, qu’on a envie de dire merci. Et eux, ça leur fait tellement plaisir de voir que leur musique rend des gens heureux.
Instant bisounours.

Et avec ça, Sarah nous annonce des bonnes nouvelles : un nouvel album (Little Echoes, acoustique), un projet de BO de documentaire qui suit le parcours d’un explorateur belge qui fait un trajet inédit dans le grand Nord. On a même eu droit à la première chanson de la BO.

Une leçon de vie
Ce n’est pas la première fois que je le dirai, mais le travail de K’s Choice, c’est une leçon. La dernière fois que j’ai fait un concert de K’s Choice, j’étais dans le même état d’esprit.
Ce que Sarah Bettens fait passer, et très bien, c’est la valeur des choses. Sa manière d’interpréter les chansons, la joie précieuse qu’elle a nous font réaliser une chose : on parle d’amour pendant 2h, et c’est beau, et tu te rends compte d’à quel point ce truc est fragile, et surtout, diablement important. Et rare. On sort de ce concert en se disant que l’important dans la vie, c’est les moments de ce genre. Il y en a peu. C’est pour ça qu’il faut en prendre soin.

Bonus
Au total, un concert comme je les aime : juste la scénique qu’il faut, un beau son, et ce qu’il faut comme émotion pour sortir de la Cigale déboussolé. On se prend deux quintaux d’amour et de bonheur. Difficile de ne pas avoir envie de partager ça avec la terre entière.
Et on sort de la salle de concert, comme ça, et bonus : une séance de signature. Du coup, tu restes dans l’entrée, qui grouille de gens surexcités. Et puis ils arrivent, et signent joyeusement les couvertures d’album, les places de concert…
Leur simplicité est déconcertante. Ils font juste de la musique parce qu’ils aiment ça et sont juste heureux de le partager avec d’autres. C’est ça qui est fort, qui est précieux. C’est un vrai modèle.

Merci, la vie, quoi.

Végétal.

Je ne grandis pas, je pousse. C’est désordonné, végétal. Ça salit les murs. Ça dépend de l’eau, de l’air, de la qualité du terreau et du temps qu’il fait. C’est du bricolage.

La fille que je regarde dans le miroir ce soir est tellement différente de celle de y’a un an heure pour heure que c’en est assez effrayant. Il y a un an, je rentrais, « perdue dans mes foulards », de la dernière séance du Festival de Films LGBT – que j’ai raté cette année, honteusement. J’avais les cheveux courts, je sortais d’un reportage sur les lesbiennes (primé cette année là au Festival), je me demandais ce que tout cela allait donner.

Un an après, cheveux longs en amassés dans une queue de cheval négligée, j’échoue devant mon PC. Du code à produire, ce soir. Je suis tout juste remise d’un ouragan sentimental et d’un concert qui m’a mis le dos en vrac. Soupir. Mes préoccupations ont changé de cap.

La nuit s’avance vers mes vingt-trois ans, et tout va bien, comme dirait l’autre. Je mesure la taille du gouffre. Cette année a été plus que remplie. Bribes.

Novembre 2010, donc. Un concert de K’s Choice en guise de cadeau d’anniv’. Je dresse un bilan étonné de l’année précédente en me disant que j’ai changé. Je n’imagine pas une seule seconde ce que je m’apprête à vivre. C’est juste puissance 10.
Un soir de mars, je pousse la porte du LOOP. Sans savoir que cela deviendra, au delà d’être mon sujet d’étude ethno, un repaire de copains barbus et un lieu où j’aurai appris -et vécu- beaucoup, beaucoup. Dans le même temps, Pirat@ges. Catapultage au milieu des barbus. Je prends une grande bouffée d’air frais.

Juin 2011. Marche des Fiertés. Qui couronne une année d’activisme LGBT. Et le début de ma sortie progressive du milieu. Et une rencontre, qui se reconnaîtra, et une insoupçonnée première fois. Merci :’)
Puis, très vite, ce bel été, et le CCC. Indescriptible. Les meilleures vacances de ma vie pour un moment. Grande claque, belle aventure. De laquelle je sors à peine pour soutenir un mémoire écrit dans la douleur. Accouchement symbolique suivi d’un voyage en train dont mon épiderme se souvient encore. Je guéris. Je décide officiellement de quitter la Magazette. Pas pour des raisons sentimentales, hein…

Quand je mets les morceaux bout à bout, je me rends bien compte que ma vie a cavalé cette année. Je n’ai pas eu le temps de me retourner que je suis passée de lesbienne-du-milieu-qui-assume à bi-sortant-du-milieu-et-très-geek. C’était tout sauf prévu. Ma vie d’avant n’a rien à voir avec celle-là. Je vais même plus prendre mes bières au même endroit. Et en même temps, tant mieux.

Voilà. J’ai poussé les murs, mis mes racines dans un pot de fleurs plus grand. Ma vie est en transition. Ça va encore bouger, ça va ptet’ fleurir, qui sait. Une chose est sûre : ça a poussé. Je regarde mes certitudes d’un autre œil.

Revenir de sa peau.

« Je n’ose pas imaginer la tempête sous un crâne que ça a du être, tout ça… »
La lumière de midi à la terrasse de ce café nous fait ciller. Il tire une taffe de tabac.

« Ben ça m’a pas tant secoué que ça… », j’explique. « En fait j’ai plus souffert de m’être attachée au mec avec lequel j’avais couché que j’étais perturbée d’avoir couché avec un mec… ».
Trop sentimentale, je vous dis.

Ouais, deux ou trois semaines peut-être après cette discussion, je me dis que ce n’est pas tout à fait vrai. Bien sûr que je suis trop sentimentale, bien sûr que j’ai été très surprise et complètement déboussolée par le fait de tomber amoureuse d’un garçon. Mais, même concernant le reste, tout est compliqué. Je suis loin d’être indemme.

Il y a eu ce retour dans le bus, arrimée à un garçon qui rêvait contre moi -peut-être le plus joli voyage de retour que j’aie vécu à ce jour, où tout flottait, c’est insolent d’être aussi heureux pour aussi peu…

Depuis ce retour dans le bus, tout a cavalé.

J’ai repris un train, pour venir m’aggriper à ses hanches. Trois jours. Trois jours dans cette expèce de joie, dans cette chaleur.

Et puis, paf, on trébuche, on diverge. Je regrette les bêtises dites, elles n’en valaient pas la peine.
Je me retrouve, une fois de plus, sur le carreau. A crier ma rage sur le bord du trottoir.

Mais ce n’est que de la rage. Je ne pleure pas, j’en serais presque fière.
Je ne souffre pas, je suis juste immensément déçue. J’en veux à ma maladresse, à l’enfance de mon désir, à cette grande brûlure qui hurle sous mon épiderme. Gros regret.

J’ai passé des nuits à m’enrouler sur moi même, à attendre que le sommeil vienne.

J’ai ouvert la boîte de Pandore.
Quand je n’aimais que des filles, j’étais dans une sorte de confort. Je savais à peu près comment ça marchait. Et puis surtout, je ne me posais pas de questions.
J’avais fait cinq ans de questionnement, cela suffisait, j’avais pris pour acquis que tout cela était acquis, que je pouvais avancer.

Eh bien, non. Aujourd’hui, tout est à refaire. Tout est risque. J’ai un mal fou à revenir de sa peau.
Parfois, le matin, je me réveille avec cet irrésistible pensée, vissée dans le crâne :
« Ce que c’est dommage… ».
Et je n’y peux rien. C’est terriblement dommage, mais le mal est fait et j’attends que le mal passe. On ne peut obliger personne à revenir.

Je regarde, pensive, les filles dans le métro. Je ne sais plus vraiment de quoi j’ai envie. Je ne sais plus sur quoi m’appuyer pour rebondir.

Je sais bien qu’il y a de la bêtise sentimentale là-dedans. Il y a aussi -surtout- mon désir qui fait des noeuds dans ma tête. Qui devient difficile, insaisissable.

Et comme je ne sais pas vers quoi courir, je reste immobile.
Je sais qu’avec le temps ça va se dénouer, c’est juste présentement difficile.
On verra, comme dirait l’autre.

J’avais d’autres plans [l’été où ma vie a changé]

« Life is what happens when you’re making other plans »

En sautant dans ce bus Eurolines ce soir d’août, j’avais une vision de moi, de la vie, de mon avenir peut être un peu différentes de celle que j’ai aujourd’hui. J’avais, précisément comme l’indique la maxime, d’autres plans.

Il y avait, dans ce bus, calé contre la fenêtre, un garçon que j’avais aimé, et autour, du brouhaha, d’autres garçons (et quelques filles) surexcités à l’idée de partir. Et moi qui me disais qu’heureusement que y’a toutes ces choses à apprendre, ça occupe.

Effectivement, ça occupe. Je ne sais pas vraiment par où commencer. Ce séjour était…waw. Décapant. Déroutant. Une plongée à corps perdu dans un autre monde, où j’avais tout à apprendre, où j’étais une petite poussière dans un vaste univers. Je me couchais avec les yeux plein d’étoiles tous les soirs. Quand j’essaye de raconter ça à mon père où mon frère dans la voiture qui nous emmène vers l’Espagne, mes pensées sont confuses. Je leur raconte les lumières, la nuit. Les conférences. La fusée sur la place principale. Le village, le thé, les gens. L’EFF. Les amis des autres labs. La pluie. La chaleur cocoonesque de notre village. Dans le désordre. Je ne vois pas vraiment comment raconter ça avec une vraie trame narrative et tout. Ce voyage a été, en gros, un grand courant d’air dans ma tête. J’ai vu des choses incroyables. Rencontré tellement de gens. Découvert plein de choses. Et, en plus, je me sentais bien dans cet univers où les drônes volaient dans le ciel et les enfants jouaient avec les fers à souder.

Waw, waw, waw. Je ne suis pas encore tout à fait remise.
Et puis alors y’a un truc dans l’équation qu’était mais pas du tout dans mes plans, c’est, hum. Le facteur humain.
A peine sortie de deux ans de gouinitude avec un grand G, à peine remise d’un embryon d’histoire avec mon premier garçon depuis…allez, huit ans au moins (comptez, ça nous emmène au collège, époque où ma sexualité était encore un très vague concept dans ma tête !) -à peine remise donc d’un truc à la fois très nouveau et très douloureux, je me retrouvais, donc, fraîchement bi, au milieu d’une quinzaine de barbus.
Coucou 😀

Alors non, j’me suis pas non plus transformée en lolita, hein. J’avais du code à écrire, des trucs à voir, et tout et tout. J’ai juste appris les règles du nouveau jeu auquel je jouais. Je ne pouvais plus décemment dire que les garçons me laissaient indifférente. C’était plus vrai et je le savais. Et puis le précédent m’avait laissée sur le carreau avec une immense curiosité dans la poitrine. A fleur de peau. Avide et fragile.
J’ai donc joué, avec ma franchise et mes faiblesses. J’ai fini par me prendre au jeu.
C’est tellement flatteur de savoir qu’on peut être autre chose que la-meilleure-amie-gouine-à-qui-je-tape-dans-le-dos, surtout au sortir d’une beau vol plané sentimental sans filet, ça mettait du mercurochrome à mon ego.
Le virage s’opère au moment où ce geste que t’avais juste fait pour dire à l’autre « regarde, je peux me débrouiller sans toi », dans un espèce de volte-face égoïste et revanchard, où ce geste idiot prend un autre sens. Tu te surprends à réaliser que cet autre que tu essayes d’oublier est secondaire et que la première chose qui motive ton geste est juste cette chose irraisonnée qui te pousse à irrésistiblement revenir au port. Le port étant ce coin de chaleur humaine dans lequel on vient de t’accueillir – et voilà comme on s’attache.
C’est l’arroseur arrosé. Et tant mieux.

Dans le bus du retour, alors qu’un garçon s’enroulait dans un silence douloureux près de la fenêtre, quelque chose de tout rond, chaud, et agréable faisait son bout de chemin de l’autre côté de l’allée. C’était un peu triste, mais ces heures sont parmi les plus belles de mon voyage. Seulement ce pincement au coeur qui disait au revoir à quelque chose de joli qu’était mort un matin de juillet et qu’il ne fallait pas regretter. Je soupirais en me disant que ça allait bien vite, la vie.
Et ça finit comme tous les départs, comme toutes les histoires avec des humains dedans. C’est compliqué. On se rate, on s’évite, on tourne la tête quand la sonnerie du métro retentit. On regrette après. On s’explique. On se rapproche sans rien se promettre.

Je suis partie à Madrid comme on se jette à l’eau. Sans presque rien. Je me disais que ça allait mettre de l’ordre dans ma tête bien secouée, de fouler la terre des anciens. J’ai bouffé la lumière castellane sans modération. Qui était donc cette fille qui courait après son frère sur le chemin du Prado ? En deux mois, tellement de choses avaient volé en éclat. Rien ne faisait mal, juste je coiffais le matin une inconnue dans le miroir.

Et c’est ce soir-là, alors que j’écrivais, coincée sous un orage dans un petit hôtel de la Castille, que j’ai réalisé. Partis. Envolés les papillons. C’était même pas triste. C’était comme un lâcher de colombes. Juste le bruit de leurs ailes dans l’air. Et, dans l’horizon, leurs petites silhouettes. C’était léger.
J’avais passé la journée enfouie dans les salles fraîches des musées, à contempler des oeuvres d’art. Je sortais le souffle coupé. Et de dessous mon souffle, une seule pensée.
Et ce n’était, pas comme ces deux derniers mois, une pensée pour lui. Alors c’était comme ça que je faisais avant ?
C’était léger comme ça ? Je m’étais habituée à la douleur au fond de mon ventre.

Là, y’avait plus de douleur. Sauf le noeud tout neuf que j’avais commencé à faire en Allemagne et qui demandait juste qu’on bataille pour qu’il survivre. Et j’avais bien envie, parce que c’était tellement joli, que malgré ma fatigue, je voulais bien donner quelques coups supplémentaires. Je crois que le jeu en vaut la chandelle.

C’est bien. Je ne suis pas indemne, mais c’est bien. Tout ce qui est arrivé -la douleur, les approximations, les départs, est bien. Je reviens de mon périple européen avec le sentiment d’avoir vécu. Trop peut-être. Changer de vie fatigue beaucoup. Je sors tout juste d’un ouragan et j’ai encore un peu du mal à toucher terre, je crois.

Je ne sais pas encore bien qui je suis. Certainement quelqu’un qui a moins peur qu’avant. Qui se fait un peu plus confiance.

Aujourd’hui j’en suis là. Je ne réponds pas des prochains mois. On verra bien.
Je suis bien contente d’avoir fait d’autres plans.

Comment j’aurai appris à regarder les garçons

J’avais promis d’écrire sur eux -les garçons- pour leur faire justice, vis à vis des filles sur lesquelles j’ai écrit pendant des années. Si ça vous amuse, il y a sur la Toile des anciens blogs remplis de billets bourrés de poésie et d’admiration. J’ai passé mon questionnement à dire que j’aimais les femmes. J’ai mis 4 ans pour y croire, quand même.

J’ai d’abord appris l’amour des femmes. Des garçons, je ne savais rien, sinon qu’il fallait s’en méfier un peu, et que mes amies les trouvaient beaux. Et puis j’ai trébuché sur un garçon et dû apprendre.
Apprendre à aimer est un art difficile. Il faut commencer par faire confiance, il faut s’oublier un peu.
Et le temps de s’oublier, on se retrouve surpris par une grande déflagration au fond du ventre.

C’est une chouette aventure. Les garçons, c’est terriblement attendrissant, en fait. Il y a chez eux cette espèce de…d’incroyable fragilité à laquelle je ne m’attendais pas. Les femmes sont vénéneuses, elles séduisent, enchaînent. Les garçons, eux, sont adorables, dans tous les moments où ils ne font pas semblant. Et finalement, ils ne font pas si souvent semblant que ça. Ils sont durs, certes, mais pas vénéneux. Ils ont cette manière de poser leur corps, de régner silencieusement, avec désinvolture. Et il y a cet instant où ils ne se savent pas observés et que tu trembles de peur qu’ils ne cassent. C’est fou.

Les garçons qui hésitent à se réveiller, du plomb dans les yeux, brouillons, lourds. Ceux qui te regardent de loin, l’air de rien, et qui savent à quoi tu penses.

J’aurai appris à apprécier leurs silences, interminables, et leur immobilité troublante. J’osais à peine me lever d’une pièce à l’autre, de peur de remuer le silence. Et ça m’a fait du bien de commencer à apprendre à me taire. Les filles, on parle beaucoup trop.

Maintenant, j’en suis à poser ce silence-là tout contre moi et à le laisser manger les papillons dans mon ventre. J’aurai peut-être les lépidoptères à l’usure. Je suis sereine. C’était bien joli d’apprendre et de regarder tout ça. Il faut savoir dire au revoir.

C’est pas des bonheurs dingues comme ceux-là qu’on apprend le plus, c’est de leur disparition. C’est là qu’on apprend la valeur des choses et le poids des mots. Ma jeunesse a encore long à parcourir comme chemin.
Mais merci pour la loupiote sur la route 🙂

Son épiderme, Kinsey, et moi.

Ce qui est rageant avec les chercheurs sérieux, c’est qu’ils ont raison.

J’ai fait le pari (dans l’avant dernier billet) de voir si j’étais capable d’aller jusqu’au bout. Je suis allée jusqu’au bout. Je suis surprise par la facilité de la chose. Par l’absence de douleur. J’écoutais mon corps raconter des histoires qu’il avait jamais encore dites. Je ne le savais pas – je ne me savais pas capable de ça.

Prenez ça comme une victoire, si vous voulez. Je ne sais pas. Je me suis réveillée ce matin en me disant que j’étais certainement quelqu’un de différent de la veille. Ce qui est à peu près sûr. J’ai certainement gagné un superbe score de 3 ou 4 sur l’échelle du camarade Kinsey. Mais c’est pas ça qui me pose le plus de problèmes. J’étais à peu près sûre que ça finirait comme ça.

En fait rien ne s’est passé comme prévu, sauf la fin. La fin, où je me suis terrée dans mon siège dans le train, prostrée dans un mélange savoureux de colère, tristesse et résignation. Le tout la gorge sèche.

Je peux même pas rejeter la faute sur lui et dire que je lui en veux, c’est pas vrai, j’ai plutôt envie de lui dire merci, parce qu’après tout ça s’est bien passé, je suis toujours vivante, pas de traumatisme majeur. Donc merci, quoi.

M’enfin, il faudra que les garçons m’expliquent comment ils font pour être aussi détachés de tout. Moi, là, je me voyais pas lâcher autant de lest, autant de confiance, sans lâcher le tout. Je n’ai pas cette force-là.

Et faudra aussi qu’on m’explique ce qui ne va pas pour qu’à chaque fois que je tente de m’attacher à un être humain, c’est trop compliqué/pas le bon moment/pas le bon milieu/pas la bonne orientation sexuelle (rayez la mention inutile). La vie m’a appris qu’on ne peut pas retenir les gens et j’essaye plus. Mais je comprends toujours pas pourquoi les gens se barrent.

J’ai un peu cette impression que la vie est un immense escalier duquel on te pousse au début, puis tu dégringoles. Et puis y’a des paliers entre deux dégringolades. Et t’es toujours le gus qu’est seul, là, en bas de l’escalier, avec des bleus partout.

Alors ouais, j’étais prévenue, je savais que ça se passerait comme ça, je savais bien où je mettais les pieds. Mais ça ne change rien. On est toujours surpris par la douleur. Je vais quand même me les traîner, les papillons dans le ventre, ces connards de papillons qui mangent le vide, au fond. Je vais me le coller, ce goût amer, super agréable au fond du palais, à me dire que bordel de merde, ça va me manquer ses conneries NSFW dans mon irc, et cet espèce de quart de sourire juste avant qu’il se réveille.

Et puis, pour le coup, mes potes gays, je peux même pas les appeler pour leur dire que je suis triste, ils vont me dire que j’avais qu’à pas mettre des hétéros dans mon lit.

C’est comme ça. Sois grande, tais-toi, assieds toi là dessus tu vas voir ça passera. J’ai quand même sacrément l’impression d’avoir échangé des certitudes contre une peine de coeur, je trouve ça un peu cher payé.

Alors oui, je vais faire comme d’habitude, je vais descendre à l’académie de Kung Fu taper deux heures dans un gros coussin de mousse, je vais boucler mon mémoire en deux jours et deux nuits et ça passera. M’enfin, la vie, bordel. Quand t’auras décidé que j’arrêterai de dégringoler le long de l’escalier, tu me préviendras, hein. J’aimerais bien avoir d’autres habitudes. J’aimerais bien qu’il y ait au moins un domaine dans ma vie où je ne suis pas continuellement en train de me battre.

Je voudrais juste que quelqu’un m’attende quelque part.

And the bit goes on…[Internet, je t'aime]

Cher Internet,

C’est un sacré exercice, en fait cette lettre. Je me suis dit : « enfin, Oriane, t’es militante pour le Net libre, évidemment que tu l’aimes et que tu sais pourquoi ».

Ben en fait, c’est pas si évident. Je crois que c’est un peu comme ces couples mariés depuis vingt ou trente ans, qui vivent ensemble, qui ont leur petites habitudes et une complicité en béton…Ils s’imagineraient pas un quart de seconde l’un sans l’autre, mais ils ne savent plus vraiment pourquoi. Ils savent juste qu’ils sont nécessaires l’un à l’autre.

C’est un peu ça pour moi. J’ai dû toucher mon premier ordinateur à neuf ou dix ans. Et j’ai fait mes premiers pas sur le Grand Réseau à douze ou treize. Pour créer mon premier site à 14 ans. Là j’ai 22 ans, ça fait donc une bonne dizaine d’années que je me balade donc dans ta nébuleuse, cher Net. Et quelles dix années ce fut ! Tu sais, de douze à vingt-deux ans, on change beaucoup. Je crois que tu as accompagné les années au cours desquelles la majeure partie de ce que je suis s’est décidé. Ce sont donc, certes, dix ans en temps objectif, mais en temps humain, si j’ose dire, ce sont des années tellement remplies à ras bord, tellement intenses, que j’ai aujourd’hui cette impression d’avoir passé ma vie à tes côtés.

Évidemment, je ne m’imagine pas une seconde sans toi.
Notamment parce qu’il y a quelque chose que je crois que je n’aurai jamais pu faire sans toi, c’est construire ce qui fait ma fierté aujourd’hui : mon identité en tant que lesbienne et en tant qu’activiste.

Il faut savoir quelque chose, tout de même, c’est que toi, le Net, tu as permis à des millions de mes semblables : 1) de savoir qui ils sont, 2) d’échapper au suicide. Pas plus tard que dans les années 70-80 (donc, l’époque de la jeunesse de mes parents !), il était assez difficile, pour un homo de province, d’avoir un lien avec sa communauté. Tu n’existais pas. D’où un immense désespoir le jour où l’on en venait à comprendre sa différence, car pour peu qu’on soit le seul de sa famille/classe/ville, on était un candidat parfait pour le suicide.

Tu t’imagines même pas l’air que t’as mis dans la tête de ces jeunes en leur donnant la possibilité de lire des témoignages d’autres jeunes comme eux qui habitent à l’autre bout de la terre.
JE NE SUIS PAS SEUUUUL \o/

Tu ne te suicides pas tout de suite, du coup, tu cherches plutôt à trouver d’autres jeunes comme toi. Tu fais ton coming out. Et paf, un homo lancé dans la vie, plutôt épanoui, puisqu’il a un lien avec sa communauté, au sein de laquelle il fait des rencontres, des découvertes. Il peut s’approprier la culture gay. Il peut vivre sa différence à peu près sereinement, et trouver le courage de la vivre quand c’est pas facile.

C’est exactement ce qu’il m’est arrivé. C’est toi, Internet, qui m’a permis de mettre en question mon orientation sexuelle, de trouver les racines dont j’avais besoin pour construire mon identité. C’est sur Internet que j’ai pu lire ce fameux témoignage qui a allumé une lumière dans ma tête.
*je suis lesbienne, en fait*

Je t’aime, cher Net, ne serait-ce que pour ça. C’est grâce à toi que je sais qui je suis.

Cher Net, ce sont ces nuits passées de lien en lien, de découverte en découverte, à cet âge où tu es juste avide de découvertes, qui m’ont construite et enrichie. C’est l’océan des possibles que tu représentes qui m’a ouvert les mirettes.

Et puis j’ai découvert le HTML. Puis le PHP. Et aujourd’hui Python. Tu es en plus, cher Réseau, celui qui m’a permis de construire des choses avec mes petites mains, des choses dont je suis fière. Qui ont fait de moi la petite geek que je suis.

Et y’a un truc qui à lui seul justifie mon amour jusqu’à la fin des temps, c’est les rencontres. Je serai incapable de toutes les lister, je crois. Mais j’ai rencontré énormément de gens qui comptent beaucoup pour moi grâce à toi. Sur des forums, sur des canaux IRC. Les dernières en date ont été dingues : j’ai connu le Loop par Internet, et rencontrer ces gens a été une grande bouffée d’air frais dans ma vie. Quand à la joyeuse bande de la Quadrature…rencontrer des gens qui partagent ma vision de l’activisme, rien que, ça, c’est énorme. C’est un plaisir et une fierté de lutter pour ta neutralité à leurs côtés. C’est beaucoup de vent dans mes voiles et de choses nouvelles et chouettes dans mon horizon.

Et tout ça grâce à toi.

Alors voilà. Je pourrai continuer encore longtemps. J’irai pas dire que sans toi je ne serai rien, mais on est vraiment pas loin. En tout cas, je ne serai pas cette fille que je regarde dans le miroir et dont je suis fière, aujourd’hui.

Donc merci à toi d’exister. J’espère que cette aventure va continuer encore longtemps.

Je t’aime,

Oriane.

Quelque part sur un barreau de l'échelle [Kinsey et moi]

Elle est venue me voir à la Marche pour me dire qu’elle savait qu’elle était lesbienne, enfin, qu’elle était sûre. Devant mon sourcil levé et interrogateur, elle a expliqué : « Ben…j’ai essayé avec un garçon, test concluant, je préfère les filles. ». J’ai avalé ma salive et félicité. Hormis le fait qu’elle m’aie quittée parce qu’elle n’était pas sûre (et que c’est un peu bizarre de venir me voir moi pour m’annoncer ça), je la trouvais courageuse d’être allée jusqu’au bout de son questionnement. J’ai quatre ans de plus qu’elle, je n’ai pas eu ce courage.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, malgré mes quatre ans de questionnement, je n’ai jamais été « jusqu’au bout ». Jamais. Pour le coup, ma curiosité s’est arrêtée à embrasser -bourrée- un garçon au gala de mon école. C’était pas très agréable. Basta.
Du coup, les certitudes acquises au cours de mon questionnement ne concernent que les filles. Pour le coup, avec elles, je suis allée « jusqu’au bout » et je sais que ça me plaît vachement. Je sors depuis qu’avec des filles et je ne m’occupe pas vraiment des garçons. Ceux que je fréquente (et j’en fréquente beaucoup !) me laissent tranquille, soit parce qu’ils sont gays, soit par respect de ma sexualité. Je me suis arrangée pour arrêter de me poser la question.

Tout va bien dans le meilleur des mondes. Sauf que j’ai croisé un truc pendant mon questionnement : l’échelle de Kinsey.
De mon humble point de vue, c’est bien plus pertinent comme classement que la bête catégorisation homo/bi/hétéro. L’idée, c’est que de même qu’on est pas à 100% des garçons ou des filles mais plus ou moins féminins ou masculins (grand enseignement des gender studies !), on n’est jamais à 100% homo ou hétéro. On est quelque part, sur un curseur qui va de l’un à l’autre avec plein de nuances possibles. Hé ben c’est bien plus proche de la réalité. Ça permet de comprendre qu’un garçon peut sortir avec des garçons toute sa vie et puis un beau jour s’attacher à une fille et coucher avec elle sans pour autant renier son homosexualité. Parce que c’est une exception, parce que « ça s’est fait comme ça », et que la personne en question était spéciale, que la relation l’était aussi. Ce n’est pas binaire du tout, la sexualité. Ça peut être paradoxal. Et puis y’a un truc aussi : on la remet en question toute sa vie, rien n’est acquis.

Voilà. Alors vous prenez les deux paragraphes précédents et vous mélangez : il reste un doute. Partie parce que je suis une grande cartésienne et que je doute de tout à commencer par moi-même, surtout en période de célibat -enfin, c’est comme ça que j’avance aussi. Partie aussi parce que je sais pertinemment que je mon curseur à moi, il n’est pas vraiment calé sur « 100% » filles. C’est pas vrai. Il m’est arrivé de m’attacher à des garçons, un truc un peu au dessus de l’amitié, un peu bâtard, parce que c’est très très complice, mais jamais sexuel. J’ai 10% d’hétérosexualité cachés dans les bois, ils sont là. Kinsey dirait que mon score serait de 5. Ils servent pas à grand chose parce que le gros des troupes de mon désir regarde sous les jupes des filles, mais je sais que c’est là et que ça explique des choses.
Et faut pas se leurrer : les garçons sont une inconnue. Et fatalement, l’inconnu attire. On tape beaucoup sur les hétérottes curieuses qui essayent de coucher avec une fille pour le fun, mais on a aussi nos homos curieux, j’en suis sûre, qui essayent de coucher avec une fille pour le fun. C’est humain. 

Evidemment, c’est un truc que tu dis pas aux garçons que tu rencontres, parce qu’il pensent que c’est la porte ouvertes au tant désiré détournement-de-la-lesbienne. Tu dis pas ça non plus à ta mère qui pense du coup qu’elle va peut-être avoir un gendre et que tu vas revenir sur le droit chemin. Tu dis pas ça aux filles que tu dragues qui vont penser que tu es une hérétique. Normalement tu gardes ça pour toi.
Mais j’avais envie de vous raconter ça quand même, parce que, même si j’en ai marre qu’on dise que le saphisme est une sous-sexualité (partie à cause de cette idée saugrenue la qualification d’  « acte sexuel » dépendait de la présence ou non d’un kiki dans l’équation), j’en ai un peu marre aussi de ce côté « mais si t’es sortie une fois avec un garçon dans ta vie t’es bi ». Idée saugrenue aussi.

Je pense à toutes ces filles qui font le même genre de questionnement que celui que j’ai fait, et qui flippent parce qu’elles veulent être sûres avant de bouleverser leur vie avec un coming-out, et j’ai envie de leur dire que c’est pas grave en fait. Etre homosexuel, c’est une identité, quelque part. Je m’identifierai toujours comme lesbienne même si j’ai une aventure avec un garçon « pour essayer » (et ça finira par arriver). Il faut juste savoir de quoi (et de qui) on a envie en général et laisser la vie gérer les imprévus. Au final, la certitude dévoilée lors du coming out est une certitude identitaire : je suis ceci par rapport à l’autre. Ensuite, au lit, on se place là on a envie. Et on peut avoir des surprises, faut juste le savoir.

Amina, Tom, et l'hyperactivité salutaire

Ça faisait longtemps que j’avais pas vécu une semaine aussi musclée.
Et de mémoire de Magazette, on n’a je crois jamais vu ça à la rédac’. Je dis pas qu’on a été aux premières loges (loin de là), mais on a mis les mains dans un truc en publiant cet article…ouah. Si j’avais su…

Déjà si j’avais su j’aurais pas fait confiance comme ça au journal où j’ai puisé l’info pour la première fois et j’aurais essayé de croiser mes sources et de vérifier par moi-même. Manque de pot, j’étais à cours de temps et de moyens pour le faire, tout en me disant que c’était trop intéressant à relever pour ne pas en faire un article.
J’avais parcouru le blog, avais googlé un peu son nom…mais je n’étais pas allée plus loin. J’ai été naïve, mais à ma décharge, cela reste étonnant que les journalistes «pros» n’aient pas eu ce réflexe (qu’on m’a rabâché comme étant élémentaire, à la suite de ça) de vérifier leurs sources.
Que moi je ne le fasse pas bien, c’est pas la grande classe, je suis d’accord et je ne le referai plus. Mais qu’un grand quotidien se le permette, c’est un peu la honte.
La bonne nouvelle dans le tas c’est que du coup je peux vous dire que les sources des prochains articles de la Magazette signés de mon nom seront blindés, j’ai compris quelque chose, là.

Ensuite, autre chose. J’ai entendu dire à propos de ceux qui avaient signé des pétitions et lâché des communiqués de presse un peu vite plusieurs choses, à quoi je répondrais qu’à leur décharge, ces gens-là ont prouvé qu’ils étaient des militants réactifs et qu’ils étaient capable de déployer un certain nombre d’outils en peu de temps. Judith a judicieusement remarqué que ça a déjà sauvé des vies, cet empressement.
On sait qu’on sait se mobiliser pour ces choses-là vite et bien, ce qui est plutôt à notre honneur. Quand la vie de quelqu’un est en danger, il y a urgence.
On aurait dû mieux vérifier nos infos, pas de doute là dessus, mais le facteur urgence est à prendre en compte. C’est bon de temps en temps de voir que le réseau marche. Vous vous imaginez si on était encore mieux coordonnés ? On serait encore plus efficaces !

Je ne vous cache pas cependant que je suis assez soulagée.
@Risah et moi, on avait vent de trucs un peu sales, dans le genre je-me-fais-passer-pour-une-gentille-blogueuse-et-par-derrière-je-récupère-tous-les-noms-des-LGBT-activists-syriens. Je ne sais pas pour @Risah, mais moi je suis vachement contente de savoir que c’est quelqu’un qui partait d’un bon fond et pas les renseignements, quoi.

Ceci dit, je suis loin de l’excuser : en plus d’avoir ouvert ce blog, qui en soi est une imposture à la voix des Syriens LGBT sur place, il a fait la bêtise de simuler un enlèvement, ce qui est assez dangereux, parce que qui dit enlèvement dit mobilisation, donc pétitions et autres choses de ce genre. Je pense à la liste des gens qui ont signé cette pétition, qui est publique. Le gouvernement peut saisir ces noms pour de vrai pour se débarrasser des signataires. Il a exposé des gens qui n’en avaient pas vraiment besoin. J’espère que les signataires ont signé avec un pseudonyme…
L’autre conséquence néfaste c’est que ça décrédibilise l’opposition : le gouvernement Syrien a un argument de plus pour dire que l’opposition ne tient pas la route, que ses adversaires ne sont pas sérieux. Pile ce dont ces derniers se seraient passés avec grand plaisir.

C’est vrai que via son blog, on avait du coup un aperçu de la température qu’il faisait en Syrie et spécifiquement pour les LGBT, et ça a attiré l’attention sur ces gens qui ont clairement besoin de soutien, mais c’est très grave d’avoir usurpé l’identité de quelqu’un comme ça. La plupart des LGBT syrien/nes dont je suis le compte Twitter ou dont j’ai lu la prose au cours du week-end sont furieux. Je les comprends. Ils se sentent trahis et à juste titre.

Tous ces gens qui ont cité ce blog, qui se sont appuyés sur ses dires, qui se sont mobilisés à l’annonce de l’enlèvement…ont l’impression d’être floués. L’un des piliers de l’activisme, c’est la confiance. Quand tu poses des bombes avec quelqu’un, vaut mieux être sûr que la personne avec qui tu es te fera pas exploser avec les rails du train.
Là, le contrat est rompu, et c’est, en plus de l’énervement type ça-fait-trois-jours que-je-ne-dors-pas-pour-quelqu-un-de-même-pas-réel, les Syriens de l’opposition ne sont pas respectés en tant que tels. On s’est fichu d’eux.

Je finirais tout ce propos bien décousu (désolée !) par une réflexion : il faut vraiment que nous apprenions, nous les militants, à faire la part entre nos bons sentiments et le reste. J’ai vu trop de lois scélérates passer cette année sur fond de bons sentiments et cette histoire de fausse lesbienne enlevée m’a rappelé à quel point ça peut être facile de rallier un militant pour les droits de l’homme à sa cause en faisant croire qu’on fait avancer la sienne. Il est très facile de parler à notre place et de nous faire dire n’importe quoi et cautionner n’importe quoi.
Il nous faut vraiment garder les yeux grand ouverts pour ne pas laisser ce genre de choses faire.

Allez, sur ce je vais faire un erratum sur la version pdf de la Magazette, en bonne red’chef 🙂