Je résiste –est ce que je j’avance ?

Cette année a commencé comme elle a fini. Sur les chapeaux de roues. Je suis partie en vacances dans un état d’esprit résigné, celui que je réserve aux réunions un peu ennuyeuses où il faut bien être.  La semaine de course contre la montre –et de correction de copies– m’a déposée deux jours avant Noël sans que j’aie l’occasion de dire ouf.

Est-ce que je me suis reposée ? Je n’en sais trop rien, j’étais bien trop peu prête à partir en vacances, je n’ai pas réellement fait de coupure. Pas le temps. Pour couper, il faut avoir ces deux-trois jours avant le début des vacances, où le temps ralentit déjà, où l’on prépare son sac petit à petit, où l’on travaille en rangeant pour retrouver le bureau propre l’année suivante. En somme on se prépare à se reposer.  On ne peut pas se transposer dans l’état « vacances » instantanément.

Autant dire que l’état d’esprit, aux alentours du 31 décembre, était fort peu au bilan, plus à se remettre des repas de Noël et à réaliser qu’il reste fort peu de temps pour la thèse.

Alors voilà, je reviens exténuée de deux semaines de marathon deadlines-surveillances d’examen-consultation de l’Arcep et je me retourne, regardant l’année 2017, un peu hébétée. D’accord. C’est fini. On fait quoi maintenant ?

Je me suis essayée, sur Twitter, à résumer les bons moments de l’année qui vient de se dérouler. C’est pas simple, notamment à cause de la contrainte grandissante des likes (un like = un moment). On commence par lister les grands moments marquants, puis, progressivement, pour tenir le compte, on arrive aux moyens puis petits bonheurs. C’est difficile de lister des choses de la même importance.

Mais ça fait un bon pré-bilan. Ça oblige à se demander ce qui a été accompli, de petit ou de grand, ce qui a compté, ce qui a apporté de la joie. Après tout c’est ça qui compte.

Sur ce plan-là, c’était une bonne année.

Mais on ne peut pas s’arrêter qu’à ça, il faut regarder les coups encaissés, aussi.

Cette année a été remplie, mouvementée. J’ai fait des choix, j’ai appris des choses. J’ai été secouée, pas mal.

Je suis contente d’avoir mis ça derrière moi. Les moments difficiles étaient durs à passer.  Je n’aurais pas recommencé.

Je n’aurais pas recommencé.

Cette année, c’étaient aussi les longues heures à me demander si j’avais fait le bon choix, ce picotement pas très agréable quand j’ai compris, en regardant la fenêtre Jabber, que quelque chose s’est cassé, la solitude.

Cette après midi salée où j’ai, malgré moi, fait le point sur qui j’étais.

Malgré tout, j’ai encore -et c’est bizarrement persistant, je pensais que ça s’estomperait avec le temps– le sentiment d’être mal ajustée, mal insérée. On dit misfit en anglais, je crois, pour désigner ça.

C’est aussi énervant qu’un caillou dans la chaussure. On ne sait pas où il est, on secoue la chaussure, et il est toujours là. On clopine un peu, ça agace.

Je sais, pour quelqu’un dont le pseudonyme revendique très exactement le fait de n’être jamais complètement à sa place, c’est paradoxal.

Je ne sais pas si c’est juste que je ne le voyais pas –ou plus– auparavant mais là je le ressens avec une acuité particulière.  C’est peut-être le fait que je suis depuis quelques années dans une ville où je n’avais pas d’attaches avant. Il n’y a pas les habitudes d’avant pour masquer. J’ai moins le sentiment d’être « à la maison » qu’avant, que ce soit dans mon travail ou dans ma communauté d’attache.

J’ai lu, il y a dix ans : « être adulte, c’est être seul ». Peut-être que c’est tout simplement ma vie qui devient plus adulte : un peu plus froide, un peu plus compliquée, moins rassurante ?

Je ne me sens pas démunie du tout. J’ai aujourd’hui la certitude diffuse que, malgré les séquelles –et lesquelles– j’ai fait des choix plutôt justes. Je crois que mon courage a réparé des choses.  Je crois que je ne suis pas si mal à ma place dans l’associatif.
Puis, si j’ai réussi à passer ça, ça va, je peux passer d’autres épreuves.

Cette année a fait de moi quelqu’un un peu plus dur, un peu plus sur la brèche aussi. Je fais moins de compromis. Je résiste –est ce que je j’avance ?

Je ne suis pas tout à fait sûre de vraiment reconnaître cette petite silhouette, qui marche, alourdie par la fatigue, tendue, irréductible.

C’est passé bien vite. Il faudrait qu’on fasse connaissance.

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