Faites de l’associatif, ça change la vie.

Bon, du coup je vais vous raconter l’histoire.

Ce post devrait déjà être publié depuis longtemps. Vous savez, j’ai fêté mes dix ans d’associatif il n’y a pas longtemps. J’ai fait un bilan un peu amer, et puis j’ai dit que je raconterais le positif. Je crois que le temps est venu de le faire.

J’ai découvert l’engagement politique au lycée, comme tout le monde. J’ai usé mes fonds de jeans devant les portes à gueuler contre le CPE, à l’époque.
Ça, ç’a été le moment où j’ai commencé à développer un esprit critique potable.

Je passe sur quatre-cinq ans de questionnements, au bout duquel je décide que ce serait bien de parler à d’autres gens dans mon cas. Et là paf. Un copain qui ne savait pas que ça allait faire des étincelles me fait rencontrer le MAG. Le jour de mon seizième anniversaire, au moment des cadeaux, il me dit « Alors moi j’ai pas vraiment de cadeau, mais il faut que je te montre un endroit ».
La semaine d’après, je faisais ma première entrée au MAG-Jeunes LGBT.

Je ne suis pas restée longtemps une simple membre de l’association. J’ai vite compris une chose, c’est qu’on apprend plus sur soi-même en s’engageant. Alors je me suis engagée. J’ai dirigé la Magazette, la revue du MAG-Jeunes LGBT, qui est devenue mon bébé (j’ai refait la maquette, la ligne éditoriale, veillé aux impressions, écrit plein d’articles…<3), pendant trois ans.

Ces trois années ont été dingues. J’ai appris à assumer publiquement mon homosexualité, j’ai participé, en tant que membre du CA, à la direction d’une grosse association. J’ai même mis la patte dans l’organisation de la Marche des Fiertés ! Quand j’ai quitté en 2011 l’association –c’était triste, c’était devenu ma maison, mais il fallait – j’étais une tout autre personne que l’ado qui expliquait à l’accueillant qu’elle avait du mal avec son identité sexuelle, toussa. J’avais grandi. Parce que j’avais donné trois ans de ma vie à cette assoce, qui me le rendait bien.

Et puis donc 2011. Rencontre avec La Quadrature, et surtout, le Camp. Je ne vais pas répéter à quel point ça m’a retourné le cerveau à l’époque.
Mêmes étincelles. Depuis 2011, je suis bénévole active à LQDN, et, depuis deux ans maintenant, au bureau de la Fédération FDN.

Ce que je ne dis pas assez dans ce récit de mes pérégrinations associatives, c’est que la personne que je suis aujourd’hui, qui raconte ça, est devenue ce qu’elle est grâce à tout ça. Grâce au travail associatif, bien sûr, mais aussi grâce aux rencontres que ça a permis. Ces deux coming-out ne seraient certainement pas arrivés. J’aurais peut-être jamais connu Linux, et donc j’aurais peut-être pas soutenu ce mémoire.
Je suis fière de ce que je suis devenue. Des fois, ce profil atypique est lourd à porter, parce qu’on ne trouve pas du travail pareil, on ne voit pas le futur pareil aussi. J’ai pris des risques, je le sais. Mais d’un autre côté, je suis tellement riche humainement, que finalement je n’envie pas grand-chose à ce moi hypothétique qui aurait été travailler en agence dès son diplôme, vendre de la communication, sans se poser d’autres questions. C’est très bien.

Le travail associatif m’a aussi fait évoluer, parce qu’à chaque fois, si quelqu’un ne m’avais pas poussée en me disant que j’en étais capable, je n’aurais pas pris les responsabilités que j’ai prises. Et je n’aurais pas avancé autant que j’ai pu le faire. Quand je suis devenue vice-présidente de la Fédération FDN, je ne savais pas ce que ça voulait dire. Maintenant, je sais. J’ai appris à être vice-présidente. Et je suis ravie d’avoir appris, parce que ce poste associatif m’apporte beaucoup. Je mûris. J’ai juste envie de remercier les gens qui m’ont pris la main en me disant que je pouvais le faire.

Ce weekend, on a fait l’AG de cette belle fédération, où on m’a réélue vice-présidente. En réfléchissant à ce que je voulais dresser comme bilan, je me suis juste dit que cette histoire allait continuer et que j’allais continuer à grandir.

Je me sens minuscule parfois. Quand je vois l’énergie et la finesse de la réflexion de certains, j’ai l’impression d’être au bac à sable encore. Je me demande des fois si je fais bien d’être là, si je ne gêne pas. Tellement le travail de certains bénévoles est impressionnant.

Mais je veux faire encore mieux pour mon association. Et ça, ça veut dire qu’on va grandir ensemble. Je vais faire mon possible pour qu’elle soit encore plus forte, ma fédération, et je sais que l’effort me rendra plus adulte. C’est triste de grandir, parce qu’on devient responsable. Mais là, c’est une bonne raison de grandir.

Vous voyez, ça change la vie.

2 commentaires

  1. Salut Oriane, et merci pour ce beau témoignage.
    J’espère qu’il motivera certain-es à s’engager dans le monde associatif.
    Personnellement, je n’aime pas raconter ma vie, mais disons simplement que quelques années à Sos Homophobie et Act-Up m’on fait aussi beaucoup avancer, pour moi, et pour les autres. 🙂

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