Dix ans d’associatif, l’occasion d’un point d’étape.

Mais oui ça faisait longtemps. On n’écrit pas quand tout va bien, je ne sais pas où j’ai lu ça.

Comme à chaque fois qu’on passe une étape dans la vie, un bilan s’en suit. Une remise à plat de qui on est et de ce qu’on fait est nécessaire. Donc acte.

Je poursuis en ce moment plusieurs projets associatifs, dans plusieurs structures.
Si ce que je fais est passionnant, le bilan de cet été est, que, au rapport du temps investi, le reward a été très pauvre. Le temps que j’ai pu donner ne me donne pas l’impression que mon énergie a été correctement investie.

Au MAG, chaque heure que j’ai pu passer au local m’a toujours donné l’impression que cela servait. Même vers la fin, quand j’étais peu motivée, je me bottais le cul pour venir ouvrir le local pour ma permanence, en me disant « tu vas aider des gens, vraiment, fais-le pour eux ». Je regrette cette époque.

Là, j’ai passé du temps sur un site web, pour m’entendre dire que je ne faisais rien, par exemple. J’ai participé à des campagnes, en me demandant vraiment à quoi mon travail servirait, si ça allait changer quelque chose. Et puis, très peu d’actions de terrain. Très peu de moments où j’ai bouclé ma journée associative en me disant : « j’ai apporté une pierre à la cause, ça avance ».

Là, j’ai plutôt le sentiment de mal m’y prendre, de ne pas être efficace. Les derniers projets dont je me suis occupée ont ou fait flop (pas de retour du tout, ou six mois après), ou généré des critiques, qui me font douter de ma capacité à les mener. Et peut-être ne suis-je effectivement pas douée pour faire certaines choses.

Autre chose : culturellement, je viens d’une assoce où le contact entre les personnes impliquées était très régulier. J’ai beaucoup de mal avec l’idée de ne faire un CA que tous les six mois. Je préfère faire le point régulièrement. Je suis gênée dans les structures dans lesquelles cela se passe comme ça. Notamment parce que, en six mois, on a le temps de perdre la motivation.

Je suis aussi habituée à parler des problèmes, même humains, dans une structure. Le fait qu’on limite ou qu’on empêche les discussions parce que le sujet concerne des problèmes humains et s’éloigne du but de l’assoce me dérange : une association est une aventure humaine. Ton bénévole ne travaillera efficacement que s’il se sent bien.

J’ai été harcelée par quelqu’un lors d’un hackathon. Personne n’est intervenu. J’ai été témoin de problèmes de sexisme. En parler génère ou du troll, ou du déni. Peu de solutions. En parler est épuisant, et pourtant il faut bien commencer par là.

Je n’ai pas envie de travailler dans un environnement où, en plus de se battre pour une cause, il faut se battre pour se sentir chez soi dans un local ou lors d’un événement. Où il faut rentrer dans le placard. Je n’ai pas fait deux coming-out pour ne pas pouvoir évoquer librement mon orientation sexuelle.

Merde, je m’occupe de lutte pour un Internet libre et ouvert. Ma différence en tant que femme et en tant que personne LGBT ne devrait pas être un obstacle à mon engagement. En tant que bénévole, j’ai envie de me sentir intégrée à un groupe. Pas d’être « tolérée ». Je ne devrais pas avoir à expliquer pourquoi il est désagréable de subir des remarques sexistes alors que je suis en train de coder. Pourquoi je me sens mal à l’aise quand il y a des blagues homophobes sur irc. Si personne n’intervient, tout le monde valide que je n’ai pas vraiment ma place ici.

Et c’est comme ça que l’on se retrouve avec 90% de mecs hétéros cisgenres dans une assoce, et qu’on se demande bien pourquoi les autres s’impliquent peu.

Je pensais que je n’avais pas à m’inquiéter de ma différence, jusqu’à peu. Et, en fait, ce n’est pas évident partout. Il y a des structures où je n’ai jamais eu de problèmes, et d’autres où ils s’accumulent. Et il est très difficile de régler ces problèmes.

Je fête ma dixième année d’associatif, cette année. Je n’ai plus envie de faire des choses qui génèrent ce type de retour. J’ai plutôt envie de continuer cette jolie carrière militante dans la bonne humeur.

D’autant plus que j’ai plein de projets de vie qui méritent que je leur consacre du temps, de l’énergie, de l’amour. Je vais passer moins de temps à bénévoler et plus à être un peu égoïste. Si ce temps militant doit être investi à perte, cela ne vaut pas le coup.

Ce qui amène deux décisions :
– Retourner au terrain, et dans des milieux où j’ai moins de choses à prouver (refaire de la lutte contre les discriminations, contre le VIH…).
– Arrêter de m’investir dans des associations où le rapport énergie investie/reward est trop bas.

Voilà. Je ne sais pas si ces réflexions aideront d’autres personnes, mais elles sont là.

Je vous rassure : dans le prochain épisode, je vous raconte pourquoi c’est magique, malgré tout, d’en arriver là <3

Un commentaire

  1. Merci pour cet article qui tombe à pic et vient alimenter ma réflexion. Je suis moi-même dans une phase de questionnement sur mes engagements associatifs après avoir fait cette année pas mal de boulimie associative et donc entamé trop de projets que je n’ai pas pu mener de manière satisfaisante.
    Je me retrouve pas mal dans ce qui est dit parce que je suis engagés dans des domaines diverses et que j’ai parfois du mal à trouver un équilibre entre engagement national idéologique et action locale concrète.

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