Le mariage pour tous, mon engagement, et ma lâcheté

Bon, voilà.
Cela fait à peu près deux ans (un peu plus en fait) que je ne suis plus activement militante LGBT.

Je n’ai jamais vraiment réussi à renouer avec ça depuis. Une fois mes problèmes réglés (ceux à cause desquels une pause était nécessaire), j’ai dû décrocher un diplôme et trouver un travail (ce sont des choses qui arrivent et qui obligent à lever le pied de tout le reste un temps).

Je me suis dit : « Bon, allez, tu t’y remets maintenant, la pause a assez duré. Tu n’as pas changé de conviction, donc c’est reparti. Tu peux recommencer à aller gueuler, zigzaguer à coté des roues des camions à la Marche, t’occuper de pancartes, de tracts, de communiqués… » Sauf que.

Sauf que. Sauf que c’est plus pareil. Que je ne suis plus à l’aise pareil avec le milieu (comme je l’ai expliqué ici), ce qui enraye grandement ma motivation (et la joie que j’ai à lutter pour des idées, aussi). Que je me suis intéressée à d’autres questions qui m’ont demandé du temps et de l’énergie (et du coup, j’en ai moins, du temps).

Et je les vois, les autres, se mettre en première ligne pour défendre une mesure qu’on attend depuis longtemps (depuis à peu près le PACS, que beaucoup ont vécu comme une première étape vers le mariage), en prendre plein plein la gueule, et je me dis : « Merde, tu devrais être là aussi, tu devrais en parler autour de toi, tu devrais aller aux rassemblements, tu devrais aider le mouvement à avancer… ». Mais non. Et je me sens traître. Là, je suis une vraie dissidente qui n’aide pas et préfère de loin se réfugier dans les bras de son amoureux qu’aller se battre parce que y’a trop de haine, dehors. Et ça m’énerve. Je suis militante, bordel.

Et en haine, diantre, on est carrément servis.
Du coup, malgré tout mon désir d’avoir *enfin* le choix dans mon projet de couple (si je suis avec un garçon, toutes les portes me sont ouvertes, si je suis avec une fille, je ne peux pas tout faire et en plus je prends des risques à lui tenir la main), malgré toute la conviction que j’ai qu’il faut que tous les couples soient traités pareil, j’en viens à regretter que le gouvernement s’y soit attaqué en premier et que ce débat ait fait surface.
Parce que c’est à vomir de dégoût et de tristesse de voir/lire/entendre tout ça, mais ça, à la limite, on s’y attendait.

Parce que ça ne fait pas remonter que de l’homophobie.
Ce débat sur le mariage a servi de prétexte à certaines personnes pour cracher leur haine de l’autre, pas seulement des homos, des autres, juste, et de fédérer des gens autour de cette haine.
Dans des moments où l’économie va pas si bien que ça, où c’est facile et défoulant de se trouver un bouc émissaire (tiens, au fait, les homos sont une minorité sexuelle, c’est un très bon choix de bouc émissaire, une minorité…c’est facile de les accuser de tous les maux, ils sont différents), on évite les débats clivants. On évite. Ça nous mène à une vraie division du pays basée sur des choses pas propres, parce que le débat ne se calmera pas après le vote et que les gens continueront à se haïr, et ça prépare une belle autoroute au prochain gus qui se pointera et nous promettra qu’il nous sortira de là. Et là, pro ou anti mariage, de gauche ou de droite, on votera pour lui parce qu’on en aura tous marre.

J’espère bien qu’on en arrivera pas là, mais en attendant, c’est possible, si ça continue, les descentes dans les bars, les insultes, les bras levés dans les manifestations…Ils vont s’arrêter où ?
Et voilà, ça me fait peur. Je n’arrive pas à mener les combats d’aujourd’hui, et je vois ceux de demain se profiler avec des frissons dans toute l’échine. Et je n’ai pas plus de courage que celui de m’enfouir un peu plus sous ma couette ou dans ses bras.

C’est moche, hein. D’un côté je m’en veux, et de l’autre je ne peux pas voir ce débat sans me dire que c’est obtenir l’égalité à un prix qu’on n’aurait pas dû payer.

8 commentaires

  1. Sincèrement tu en as fait déjà beaucoup pour la communauté avec le MAG etc, à chaque fois que je te croisais tu étais toujours trop pressée, tu courais partout 🙂
    Je crois que c’est à nous, militant-e-s d’aujourd’hui de prendre la relève parce qu’on est motivé-e-s (même si en ce moment on ressent la fatigue, il est temps que la loi soit votée), tu n’as pas à t’en vouloir 😉

  2. Coucou 🙂 je pense comme Caro, tu n’as pas à t’en vouloir, on fait comme on peut !
    Par contre j’ai pas compris « si je suis avec un garçon, toutes les portes me sont ouvertes », je m’en voudrais de l’interpréter mal 😀

  3. Selon moi, dans la militance il y a des cycles, des opportunités et des moments élevés où on se sent avec une énergie énorme, inspirée et avec une foi (pas dans le sens religieux) très forte, avec des ailes etc. Parfois on ne fait rien tout simplement parce que l’on est pas dans le bon timing, dans autre chose, avec certaines priorités… Tu as visiblement des choses plus personnelles à vivre et c’est très bien et c’est merveilleux. Personne ne devrait s’en vouloir d’essayer de faire au mieux tous les jours.
    Bonne soirée.

  4. Mais les filles <3
    Merci pour votre soutien et votre compréhension !
    @Red : quand tu es avec un garçon, tu peux te marier, ou pas, ou te pacser, ou pas, t’as pas peur de lui tenir la main, c’est « normal »…

  5. Tu vis le « privilège hétéro », comme on dit aux States, mais il n’est pas de ton fait, tu l’as combattu et le combattra encore, c’est l’essntiel à ne pas perdre de vue !
    Profites de ton bonheur, il n’enlève rien à personne !

  6. Je me permets de répondre à ton post, même si cela fait un certain temps que je ne viens plus trop sur Yagg.

    Je crois qu’il faut militer si on en a l’envie, la motivation. Les idées, les arguments, ça vient sur le tas, en discutant avec les autres, en écoutant (ou dormant) lors des réunions. Je ne crois pas qu’il y est de lâcheté à vivre dans une union hétéro, ou parce que tu es dans une relation hétéro tu es donc forcément une traitre. Non, ce serait quand même le comble de reprocher à quelqu’un de vivre sa vie alors que c’est ce que les LGBT demandent avant tout.

    Je voulais juste te dire cela, et si jamais tu as envie de t’impliquer encore, certaines structures sont constamment en recherche de militant-e-s (surtout pour la rentrée prochaine), tu y seras la bienvenue.

  7. IL y a un temps pour tout!!et tu as fait ta part 😉

    Et sache que
    « Il n’y a qu’une seule chose qui ne change pas c’est que tout change. »

  8. Tu es sûrement trop dure avec toi même. Tu l’écris dans un autre article, tu es une militante, une battante.

    Quand je te lis, je me dis que toi tu fais la révolution, quand moi je suis tranquille. Mais nous avons tous nos combats à mener. J’aide aussi des gens. C’est petit, mais concret ! J’ai aidé des gens à apprendre le danois, ici. C’est simple, ça les aide, et ça m’aide moi aussi. Nulle besoin d’être sur les barrière. À travers tes autres engagements assos, tu continue à faire des choses positives.

    Mais il faut vivre aussi. Vivre pour soi avant tout. Profite, maintenant.

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *