Man, I feel like a woman

Tintntintintin tin tin !

[Disclaimer : ce billet aurait dû être publié le 8 mars, c’est-à-dire il y a deux jours, mais il se trouve que j’arrive suffisamment mal à tenir ce blog pour arriver à ne *pas* publier un billet à temps….]

[Donc mea culpa, comme dirait l’autre, des bisous, et pardon pour tenir ce blog aussi mal.]

On est le 8 mars, c’est notre journée pour mettre en lumière toutes ces choses-là, la violencia de género[1], le traumatisme de l’agression sexuelle, les filles excisées salement dans ces pays dont on ne veut pas entendre parler.
Mais c’est aussi le jour où on peut mettre la femme, la féminité, la joie qu’on peut avoir d’être du fameux « sexe faible » parfois. Et j’ai envie de vous parler de ça. De la féminité. Parce qu’il y a aussi du combat à mener sur ce terrain.

Ton corps change, ne t’inquiète pas

La féminité, ça a bien sûr à voir avec le corps. Celui de la femme. Ses particularités. C’est quand on devient une femme adulte, quand le corps grandit, la poitrine pousse, les premières règles arrivent, que la question de la féminité se pose. Au sens biologique du terme, on est une femme depuis notre naissance. On devient socialement une femme quand le corps arrive à ce stade-là. Ça s’appelle la puberté.

Et s’il se passe ce qu’il se passe généralement pendant la puberté, c’est que le corps change, certes, mais qu’il devient de ce fait désirable et donc désiré. C’est le désir qui change tout : c’est lui qui fait qu’on est regardé non plus comme une enfant mais comme une femme, c’est-à-dire un être avec lequel on peut –peut-être, si on lui a demandé poliment– se reproduire (ou essayer très fort de se reproduire, suivant à quel point vous avez suivi les recommandations de Benoît XVI [2]).

Se sentir femme, c’est pas juste porter des jupes

Bon. Ceci posé, cela ne veut pas dire que c’est automatiquement parce que tu es soudain pubère que PAF tu te sens femme. Oui parce que la féminité, c’est aussi (surtout) se sentir femme, pas juste recueillir des compliments « oh t’es élégante aujourd’hui » ou avoir des garçons/filles qui se retournent sur vous dans la rue. C’est aussi se prendre pour Shania Twain un peu et se dire « Hey, là, je me sens femme !».
Se sentir femme, c’est pas juste porter des jupes

Il y a des filles qui par ailleurs vont très bien, merci, se sentent tout à fait femme, n’ont pas de complexe particulier mais qui vous disent qu’elles se sentent déguisées « en fille », là, avec leur jupe et leurs talons.
Et en fait, oui, quelque part c’est un déguisement. Ce que montrent ces filles, c’est qu’il y a plusieurs manières de vivre et d’exprimer sa féminité.
On est encline à penser que les talons sont un passage obligé parce que les femmes autour de nous (mères, sœurs, amies…) nous transmettent une certaine image, une certaine expression de la féminité. Mais ce n’en est qu’une parmi d’autres. On peut être une femme tout à fait épanouie et très masculine comme l’on peut être complexée dans tous les sens, tout à fait mal à l’aise avec sa féminité, mais rompue aux talons/jupes/rouge à lèvres.

C’est ça l’important : elles ne se sentent pas moins « femme » pour autant. Être féminine, c’est s’épanouir dans son corps de femme comme femme désirée et désirante. C’est autrement différent.

J’ai commencé à dire « ok, là je me sens femme » pas du tout au moment où j’ai porté mes premiers talons. Ou mes premiers décolletés. Ç’a été quand j’ai assumé pour la première fois ouvertement mon homosexualité. J’assumais le fait d’être désirée, donc désirable, en l’occurrence par une autre femme. Être féminine, c’est être épanouie dans son désir et dans son corps, c’est pas une question de rouge à lèvres. Y’a cinquante manière d’être épanouie.

Penser que la féminité ne peut passer que par des talons hauts, des jupes et du rouge à lèvres, c’est ériger une image de la femme comme la « bonne ». En l’occurrence, une image de la femme construite en bonne partie par des inputs marketings destinés à nous faire acheter plus et à surtout nous maintenir dans le même schéma de société, où la femme est peu ou prou encore un objet, à maintenir une stricte séparation entre les genres.
Mais voilà, c’est l’image de la féminité dont on est entourées, qu’on nous impose, et qu’on reproduit quand on réutilise ses codes. Rien ne dit faire que c’est parole d’Evangile.

Etre féminine : la pression sociale à construire son corps

Nous y sommes : on nous fait bien comprendre, dès l’enfance, à partir du moment où nous sommes dotées d’un vagin, qu’on ne coupera pas à certaines choses.
Comme, par exemple, s’épiler. C’est d’usage, en tout cas ici et dans la plupart des pays anglo-saxons (ok, pas en Allemagne, soit). C’est quelque chose sur lequel on ne peut pas faire l’impasse.
C’est une sorte de minimum syndical de la construction de ton corps. Tu peux être un garçon manqué, d’accord, mais un garçon manqué épilé, s’il te plaît. Les femmes n’ont pas de poils, voilà, c’est comme ça.
Vous apprenez très vite à connaître le bundle minimum pour ne pas être embêtée en société : après quelques railleries sur vos poils sous les bras, votre odeur (mais mets du déo, voyons, les filles, ça sent la rose !), vous êtes en général assez encline à vous acquitter de ces quelques petites opérations esthétiques sur vous-même. Cela coûte moins qu’assumer de ne pas s’y être pliée, et après tout sentir bon, pourquoi pas.

Tout ça pour dire qu’en tout cas de mon point de vue, les femmes subissent beaucoup plus de pressions pour prendre soin d’elles que les garçons.
Au point qu’un homme qui s’épile, qui prend soin de lui, de sa peau, de ses cheveux, c’est forcément un homme efféminé, donc un inverti.

Ces pressions ne sont pas innocentes : au delà de ce que j’appelle le « minimum syndical », il y a tout l’arsenal vestimentaire féminin. Et cet arsenal est, quelque part, aussi (toujours) un moyen de faire des femmes des êtres faibles et sans défense (et après un chevalier viendra les délivrer, en tuant un dragon, tout ça..).

Prenons le corset. D’accord, ça rend la taille fine, mais c’est d’abord un fabuleux système à évanouissement automatique pour mesdames. Forcément, les poumons comprimés, on respire moins bien…
Pratique pour nous donner un prétexte de s’évanouir sur commande, mais pratique aussi pour être sûr que les femmes ne feront pas de travaux physiques éprouvants et resteront décorer / cuisiner / nettoyer à la maison…

Aujourd’hui, on n’en porte plus, ou des corsets modifiés qui ne compriment plus vraiment les poumons. Mais on porte des slims, des talons trop hauts pour marcher…
Il reste des traces de ça.

Etre féminine : le combat quotidien

A l’extrême de ce raisonnement, il y a cette idée que, puisque « faire la fille », c’est reproduire un certain schéma de domination masculine, alors oser s’épiler, se maquiller, porter des jolies fringues, c’est tellement rentrer dans le moule de la société qu’on n’est pas une bonne féministe.
Déjà : qui délivre le diplôme de « bonne féministe » ? (s’il se désigne, je veux bien lui adresser quelques baffes). Ensuite, une fois ces baffes dûment distribuées : euh, en quoi, sérieusement, être une bonne féministe doit forcément vouloir dire qu’on ressemble à une camionneuse ?

Etre féminine, c’est à mon sens un geste qui peut et doit être déconstruit. Bien sûr que quelque part, il s’agit de reproduire un certain schéma de société où la femme est différenciée de l’homme par tel et tel signe et que ces signes sont un héritage et encore une marque d’une certaine domination masculine.

Le féminisme a à voir avec la féminité, mais avec un certain schéma dominant de cette dernière. C’est un geste féministe que de remettre en question ce qu’on a reçu et tenu pour acquis en tant que femme et se demander si ça nous convient.

Mais ce n’est pas une raison pour tomber dans l’extrême inverse : il faut bien vivre (et vivre en société). Être jolie au bureau / pour aller voir sa moitié, c’est agréable. Les talons, sont soit, des instruments de torture, mais ils galbent le mollet. C’est quand même chouette d’avoir la peau douce parce qu’on s’épile. Bref, on est obligée de mettre de l’eau dans son vin. Et on peut avoir envie de profiter de tout ce dont on a à disposition pour se faire belle. Mais il faut le faire en sachant. Pas en subissant. Et je considère que, ce faisant, je suis féministe.

Chaque femme construit et vit sa féminité différemment. Elle doit faire son propre jeu de Lego entre ce qu’elle est et ce que la société lui propose comme signes à afficher pour montrer patte blanche.

Et pas nourrir bêtement un schéma qui ne convient pas à toutes.


[1] «  violence de genre », la violence faite aux femmes a sa propre expression en Espagne, tellement c’est répandu…
[2] Soit : 1/ ne soyez pas nomonexuel, z’allez perdre de la semence de vie et ça c’est mal ; 2/ Mais non mais la capote, jamais !

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