Décrocher le combiné : plaidoyer pour une action de terrain contre l'homophobie.

« Non mais une fille qui ne porte pas plainte pour lesbophobie alors qu’il y a des lois pour ça, ben c’est son problème, pas celui de l’Etat ».

Pas exactement.
Le problème de l’homophobie rejoint, dans ce qu’il se passe dans la tête et dans la vie des victimes, celui des femmes battues. C’est à dire la peur au ventre, dans beaucoup de cas, au moment de décrocher le combiné pour porter plainte. Et c’est un fait : SOS homophobie, qui a un service de plaintes anonyme, pourtant, réévalue ses chiffres chaque année à l’aune de ce phénomène : « on a reçu x plaintes, il faut ajouter à ça les x personnes estimées qui n’ont pas osé porter plainte…». Même cas pour les assoces féministes.

Et c’est très courant : porter plainte contre son père ou son frère parce qu’il vous tabasse tous les jours (ne me dites pas que c’est fantasmé, il y a des familles où c’est comme ça) n’est pas facile à faire. Il y a des pressions, il y a l’impossibilité de partir du domicile familial pour plein de raisons, il y a, encore et toujours, la peur qui veille, qui immobilise, et l’on meurt de n’avoir pas parlé.
Ce n’est pas normal. Ce n’est pas une fatalité. Ce n’est pas seulement « le problème » de cette fille qui ne peut pas décrocher le téléphone pour dire qu’on la bat.

Je ne suis pas en train de demander qu’on mette un policier dans chaque foyer pour veiller à ce qu’il n’y ait pas de violence. Ou qu’on se mêle des affaires de chaque famille en France. Mais enfin, l’Etat peut il laisser les familles bousiller la vie de leurs enfants en toute impunité sous prétexte que « oh pleutre, tu n’as pas assez de couilles pour aller dénoncer ton père » ou que « hé mais c’est pas mes oignons, c’est la famille, l’Etat n’a pas à intervenir dans la manière dont les parents éduquent leur enfants ». C’est être attentiste. C’est rejeter très confortablement la responsabilité sur des gens qui en ont assez sur la patate comme ça et qui sont pieds et poings liés. Ou sur des familles qui du coup continuent à perpétrer des crimes en toute impunité puisque c’est leurs oignons. C’est être complice du silence.

Agir contre l’homophobie, prendre des mesures politiques contre l’homophobie, contre cette peur au ventre qu’a ma petite lesbienne devant son téléphone, ce n’est pas une histoire de plans quinquennaux. Ça ne veut pas dire qu’on va basculer dans un Etat totalitaire qui s’occupera de ce que vous penserez. C’est rendre possible des actions sur le terrain. C’est allouer un budget aux assoces, qui elles sont légitimes pour faire des campagnes, aller dans les écoles, libérer la parole, mettre en place des services, dénouer des situations au cas par cas, trouver le bon avocat en cas de procès, enfin, permettre ce que l’Etat lui ne peut pas faire avec des lois. C’est une mesure politique. Toute mesure politique n’aboutit pas forcément à des lois.

En Espagne, où le problème de la « violencia de género » -les femmes battues- est une vraie plaie, c’est la direction qui a été prise. Ce sont des petites mesures concrètes, des actions au jour le jour, pour aider les victimes et sortir cette parole au grand jour parce que et surtout, ne jamais fermer les yeux, qui font avancer les choses. L’arsenal juridique ne peut pas tout. Il faut le coupler à une action quotidienne sur le terrain.

Mettons la peur hors-jeu.

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