Végétal.

Je ne grandis pas, je pousse. C’est désordonné, végétal. Ça salit les murs. Ça dépend de l’eau, de l’air, de la qualité du terreau et du temps qu’il fait. C’est du bricolage.

La fille que je regarde dans le miroir ce soir est tellement différente de celle de y’a un an heure pour heure que c’en est assez effrayant. Il y a un an, je rentrais, « perdue dans mes foulards », de la dernière séance du Festival de Films LGBT – que j’ai raté cette année, honteusement. J’avais les cheveux courts, je sortais d’un reportage sur les lesbiennes (primé cette année là au Festival), je me demandais ce que tout cela allait donner.

Un an après, cheveux longs en amassés dans une queue de cheval négligée, j’échoue devant mon PC. Du code à produire, ce soir. Je suis tout juste remise d’un ouragan sentimental et d’un concert qui m’a mis le dos en vrac. Soupir. Mes préoccupations ont changé de cap.

La nuit s’avance vers mes vingt-trois ans, et tout va bien, comme dirait l’autre. Je mesure la taille du gouffre. Cette année a été plus que remplie. Bribes.

Novembre 2010, donc. Un concert de K’s Choice en guise de cadeau d’anniv’. Je dresse un bilan étonné de l’année précédente en me disant que j’ai changé. Je n’imagine pas une seule seconde ce que je m’apprête à vivre. C’est juste puissance 10.
Un soir de mars, je pousse la porte du LOOP. Sans savoir que cela deviendra, au delà d’être mon sujet d’étude ethno, un repaire de copains barbus et un lieu où j’aurai appris -et vécu- beaucoup, beaucoup. Dans le même temps, Pirat@ges. Catapultage au milieu des barbus. Je prends une grande bouffée d’air frais.

Juin 2011. Marche des Fiertés. Qui couronne une année d’activisme LGBT. Et le début de ma sortie progressive du milieu. Et une rencontre, qui se reconnaîtra, et une insoupçonnée première fois. Merci :’)
Puis, très vite, ce bel été, et le CCC. Indescriptible. Les meilleures vacances de ma vie pour un moment. Grande claque, belle aventure. De laquelle je sors à peine pour soutenir un mémoire écrit dans la douleur. Accouchement symbolique suivi d’un voyage en train dont mon épiderme se souvient encore. Je guéris. Je décide officiellement de quitter la Magazette. Pas pour des raisons sentimentales, hein…

Quand je mets les morceaux bout à bout, je me rends bien compte que ma vie a cavalé cette année. Je n’ai pas eu le temps de me retourner que je suis passée de lesbienne-du-milieu-qui-assume à bi-sortant-du-milieu-et-très-geek. C’était tout sauf prévu. Ma vie d’avant n’a rien à voir avec celle-là. Je vais même plus prendre mes bières au même endroit. Et en même temps, tant mieux.

Voilà. J’ai poussé les murs, mis mes racines dans un pot de fleurs plus grand. Ma vie est en transition. Ça va encore bouger, ça va ptet’ fleurir, qui sait. Une chose est sûre : ça a poussé. Je regarde mes certitudes d’un autre œil.

6 commentaires

  1. Bon courage pour cette nouvelle année en court!
    J’ai bien aimé le reportage.
    A bientôt 30 ans je ne peux que te dire que tu n’es pas encore au bout des tes surprises!
    Bonne route.

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