Revenir de sa peau.

« Je n’ose pas imaginer la tempête sous un crâne que ça a du être, tout ça… »
La lumière de midi à la terrasse de ce café nous fait ciller. Il tire une taffe de tabac.

« Ben ça m’a pas tant secoué que ça… », j’explique. « En fait j’ai plus souffert de m’être attachée au mec avec lequel j’avais couché que j’étais perturbée d’avoir couché avec un mec… ».
Trop sentimentale, je vous dis.

Ouais, deux ou trois semaines peut-être après cette discussion, je me dis que ce n’est pas tout à fait vrai. Bien sûr que je suis trop sentimentale, bien sûr que j’ai été très surprise et complètement déboussolée par le fait de tomber amoureuse d’un garçon. Mais, même concernant le reste, tout est compliqué. Je suis loin d’être indemme.

Il y a eu ce retour dans le bus, arrimée à un garçon qui rêvait contre moi -peut-être le plus joli voyage de retour que j’aie vécu à ce jour, où tout flottait, c’est insolent d’être aussi heureux pour aussi peu…

Depuis ce retour dans le bus, tout a cavalé.

J’ai repris un train, pour venir m’aggriper à ses hanches. Trois jours. Trois jours dans cette expèce de joie, dans cette chaleur.

Et puis, paf, on trébuche, on diverge. Je regrette les bêtises dites, elles n’en valaient pas la peine.
Je me retrouve, une fois de plus, sur le carreau. A crier ma rage sur le bord du trottoir.

Mais ce n’est que de la rage. Je ne pleure pas, j’en serais presque fière.
Je ne souffre pas, je suis juste immensément déçue. J’en veux à ma maladresse, à l’enfance de mon désir, à cette grande brûlure qui hurle sous mon épiderme. Gros regret.

J’ai passé des nuits à m’enrouler sur moi même, à attendre que le sommeil vienne.

J’ai ouvert la boîte de Pandore.
Quand je n’aimais que des filles, j’étais dans une sorte de confort. Je savais à peu près comment ça marchait. Et puis surtout, je ne me posais pas de questions.
J’avais fait cinq ans de questionnement, cela suffisait, j’avais pris pour acquis que tout cela était acquis, que je pouvais avancer.

Eh bien, non. Aujourd’hui, tout est à refaire. Tout est risque. J’ai un mal fou à revenir de sa peau.
Parfois, le matin, je me réveille avec cet irrésistible pensée, vissée dans le crâne :
« Ce que c’est dommage… ».
Et je n’y peux rien. C’est terriblement dommage, mais le mal est fait et j’attends que le mal passe. On ne peut obliger personne à revenir.

Je regarde, pensive, les filles dans le métro. Je ne sais plus vraiment de quoi j’ai envie. Je ne sais plus sur quoi m’appuyer pour rebondir.

Je sais bien qu’il y a de la bêtise sentimentale là-dedans. Il y a aussi -surtout- mon désir qui fait des noeuds dans ma tête. Qui devient difficile, insaisissable.

Et comme je ne sais pas vers quoi courir, je reste immobile.
Je sais qu’avec le temps ça va se dénouer, c’est juste présentement difficile.
On verra, comme dirait l’autre.

3 commentaires

  1. Pendant plusieurs mois j’ai scruté les filles et les garçons dans le RER à me demander ce que je voulais, à essayer de faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre – n’importe lequel, ça aurait été un soulagement.
    J’ai juste réussi à me rendre malheureuse, jusqu’à qu’un jour je me dise « merde ! ». On a rien à justifier, rien à planifier. Les sentiments, les attirances, ça vient comme ça vient.
    Je ne sais pas si je t’aide – j’essaye, parce que ce que tu racontes me parle.
    Je ne t’apprendrai probablement rien si je te dis qu’à un moment tu renonceras juste à vouloir choisir, et qu’à partir de là, tu pourras envisager la suite avec la même sérénité qu’auparavant… M’enfin, je te le dis quand même, dans le doute, si ça peut te faire du bien… 🙂

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