J’avais d’autres plans [l’été où ma vie a changé]

« Life is what happens when you’re making other plans »

En sautant dans ce bus Eurolines ce soir d’août, j’avais une vision de moi, de la vie, de mon avenir peut être un peu différentes de celle que j’ai aujourd’hui. J’avais, précisément comme l’indique la maxime, d’autres plans.

Il y avait, dans ce bus, calé contre la fenêtre, un garçon que j’avais aimé, et autour, du brouhaha, d’autres garçons (et quelques filles) surexcités à l’idée de partir. Et moi qui me disais qu’heureusement que y’a toutes ces choses à apprendre, ça occupe.

Effectivement, ça occupe. Je ne sais pas vraiment par où commencer. Ce séjour était…waw. Décapant. Déroutant. Une plongée à corps perdu dans un autre monde, où j’avais tout à apprendre, où j’étais une petite poussière dans un vaste univers. Je me couchais avec les yeux plein d’étoiles tous les soirs. Quand j’essaye de raconter ça à mon père où mon frère dans la voiture qui nous emmène vers l’Espagne, mes pensées sont confuses. Je leur raconte les lumières, la nuit. Les conférences. La fusée sur la place principale. Le village, le thé, les gens. L’EFF. Les amis des autres labs. La pluie. La chaleur cocoonesque de notre village. Dans le désordre. Je ne vois pas vraiment comment raconter ça avec une vraie trame narrative et tout. Ce voyage a été, en gros, un grand courant d’air dans ma tête. J’ai vu des choses incroyables. Rencontré tellement de gens. Découvert plein de choses. Et, en plus, je me sentais bien dans cet univers où les drônes volaient dans le ciel et les enfants jouaient avec les fers à souder.

Waw, waw, waw. Je ne suis pas encore tout à fait remise.
Et puis alors y’a un truc dans l’équation qu’était mais pas du tout dans mes plans, c’est, hum. Le facteur humain.
A peine sortie de deux ans de gouinitude avec un grand G, à peine remise d’un embryon d’histoire avec mon premier garçon depuis…allez, huit ans au moins (comptez, ça nous emmène au collège, époque où ma sexualité était encore un très vague concept dans ma tête !) -à peine remise donc d’un truc à la fois très nouveau et très douloureux, je me retrouvais, donc, fraîchement bi, au milieu d’une quinzaine de barbus.
Coucou 😀

Alors non, j’me suis pas non plus transformée en lolita, hein. J’avais du code à écrire, des trucs à voir, et tout et tout. J’ai juste appris les règles du nouveau jeu auquel je jouais. Je ne pouvais plus décemment dire que les garçons me laissaient indifférente. C’était plus vrai et je le savais. Et puis le précédent m’avait laissée sur le carreau avec une immense curiosité dans la poitrine. A fleur de peau. Avide et fragile.
J’ai donc joué, avec ma franchise et mes faiblesses. J’ai fini par me prendre au jeu.
C’est tellement flatteur de savoir qu’on peut être autre chose que la-meilleure-amie-gouine-à-qui-je-tape-dans-le-dos, surtout au sortir d’une beau vol plané sentimental sans filet, ça mettait du mercurochrome à mon ego.
Le virage s’opère au moment où ce geste que t’avais juste fait pour dire à l’autre « regarde, je peux me débrouiller sans toi », dans un espèce de volte-face égoïste et revanchard, où ce geste idiot prend un autre sens. Tu te surprends à réaliser que cet autre que tu essayes d’oublier est secondaire et que la première chose qui motive ton geste est juste cette chose irraisonnée qui te pousse à irrésistiblement revenir au port. Le port étant ce coin de chaleur humaine dans lequel on vient de t’accueillir – et voilà comme on s’attache.
C’est l’arroseur arrosé. Et tant mieux.

Dans le bus du retour, alors qu’un garçon s’enroulait dans un silence douloureux près de la fenêtre, quelque chose de tout rond, chaud, et agréable faisait son bout de chemin de l’autre côté de l’allée. C’était un peu triste, mais ces heures sont parmi les plus belles de mon voyage. Seulement ce pincement au coeur qui disait au revoir à quelque chose de joli qu’était mort un matin de juillet et qu’il ne fallait pas regretter. Je soupirais en me disant que ça allait bien vite, la vie.
Et ça finit comme tous les départs, comme toutes les histoires avec des humains dedans. C’est compliqué. On se rate, on s’évite, on tourne la tête quand la sonnerie du métro retentit. On regrette après. On s’explique. On se rapproche sans rien se promettre.

Je suis partie à Madrid comme on se jette à l’eau. Sans presque rien. Je me disais que ça allait mettre de l’ordre dans ma tête bien secouée, de fouler la terre des anciens. J’ai bouffé la lumière castellane sans modération. Qui était donc cette fille qui courait après son frère sur le chemin du Prado ? En deux mois, tellement de choses avaient volé en éclat. Rien ne faisait mal, juste je coiffais le matin une inconnue dans le miroir.

Et c’est ce soir-là, alors que j’écrivais, coincée sous un orage dans un petit hôtel de la Castille, que j’ai réalisé. Partis. Envolés les papillons. C’était même pas triste. C’était comme un lâcher de colombes. Juste le bruit de leurs ailes dans l’air. Et, dans l’horizon, leurs petites silhouettes. C’était léger.
J’avais passé la journée enfouie dans les salles fraîches des musées, à contempler des oeuvres d’art. Je sortais le souffle coupé. Et de dessous mon souffle, une seule pensée.
Et ce n’était, pas comme ces deux derniers mois, une pensée pour lui. Alors c’était comme ça que je faisais avant ?
C’était léger comme ça ? Je m’étais habituée à la douleur au fond de mon ventre.

Là, y’avait plus de douleur. Sauf le noeud tout neuf que j’avais commencé à faire en Allemagne et qui demandait juste qu’on bataille pour qu’il survivre. Et j’avais bien envie, parce que c’était tellement joli, que malgré ma fatigue, je voulais bien donner quelques coups supplémentaires. Je crois que le jeu en vaut la chandelle.

C’est bien. Je ne suis pas indemne, mais c’est bien. Tout ce qui est arrivé -la douleur, les approximations, les départs, est bien. Je reviens de mon périple européen avec le sentiment d’avoir vécu. Trop peut-être. Changer de vie fatigue beaucoup. Je sors tout juste d’un ouragan et j’ai encore un peu du mal à toucher terre, je crois.

Je ne sais pas encore bien qui je suis. Certainement quelqu’un qui a moins peur qu’avant. Qui se fait un peu plus confiance.

Aujourd’hui j’en suis là. Je ne réponds pas des prochains mois. On verra bien.
Je suis bien contente d’avoir fait d’autres plans.

Un commentaire

  1. Voilà qu’elle nous danse la bi-gouine :op
    Hey louloute, vois le bon côté des choses, deux fois plus de partenaires potentiels et, surtout, encore une preuve que quand on tombe amoureux, on aime totalment une personne, et pas juste sa bite, sa chatte, son cul ou ses nichons :p

    Je te souhaite de bons prochains mois (qu’ils soient selon tes plans, ou pas !)

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