#eg8 – Le futur du Net ? Un Internet sans Internautes !

J’ai eu l’occasion de suivre l’e-G8 du boulot, grâce à la webcam qui avait été installée aux Tuileries. Pour accepter de ralentir sa productivité au travail (et sa bande passante !) pour regarder un cirque pareil, il faut vraiment être masochiste.

Pour vous faire un rapide portrait de la chose, il faut vous imaginer un grand plateau blanc et gris, avec en fond des logos de grosses boîtes comme Orange, Microsoft, ou eBay. Et devant le fond , les patrons desdites boîtes qui s’échangent des gentillesses en se félicitant de « civiliser Internet ». Ambiance.

Et toi, t’es devant ton écran dans ton openspace et tu ne peux même pas jeter des tomates à ces gueux IRL pour toutes les bêtises qu’ils racontent sur le Réseau.
Heureusement, le camarade Jérémie Zimmerman, de la Quadrature du Net était là, lui.

Il faut savoir un truc quand même, c’est que l’Internet, à priori, c’est pas tout à fait ce dont parlaient ces gens en cravate. Qui d’ailleurs parlaient à un parterre de cravates –de lobbyistes et chefs d’entreprise…c’est dire si la société civile était représentée. Sur l’Internet, il y a des gens. Des gens qui parlent, créent, échangent du contenu : les Internautes. Il y a des gens qui ne sont pas forcément, comme aimeraient le croire les cravates assises à la tribune, que des consommateurs. Loin de là. Et des gens qui n’étaient pas représentés à ce forum qui est sensé parler du futur du Net. Un acteur fondamental manquait au débat, et ça, Jérémie n’a pas hésité à le faire remarquer.

En plus d’avoir le bonheur rare de m’écorcher l’oreille qui me reste sur l’accent anglais à jeter à la poubelle de nos dirigeants, j’ai eu le droit d’essuyer des citations du genre de : « Le Net c’est un outil révolutionnaire, mais c’est très dangereux, parce que ça permet de faire circuler l’information… » (traduction de moi-même, phrase tirée de la plénière VI d’aujourd’hui). Non mais je rêve. Bonjour le futur.
Heureusement que le Net sert à dire la vérité et à la diffuser au plus grand nombre…c’est même en partie à ça qu’on reconnaît les démocraties…

Ah mais suis-je bête. J’avais oublié que RSF nous avait mis dans la même zone de cyber-censure que la Russie et que la carte d’Owni nous colorie en rouge. Oui tu as bien vu la carte, l’Estonie a un Net plus libre que nous.
Donc oubliez ce que je viens de dire, on n’est pas dans un pays libre.

Et puis, toute cette information et tout cet esprit critique, ça nuit au business.

Ceci dit, c’est pas parce que le commerce est vieux comme le monde qu’il doit dicter sa loi à ce petit jeunot d’Internet qui n’est guère né qu’en 1692. Ne serait-ce que parce que y’a eu des gens pour créer le W3C en janvier 1995…afin d’éviter que le Net, initié par des militaires et des chercheurs, ne tombe aux mains des marchands.

Autant dire que faire du Net un simple outil de vente et de relation client (et c’est ce qu’il s’est dit ces deux derniers jours sur la tribune, je caricature à peine), donc un Internet avec seulement des consommateurs et aucun Internaute, c’est signer la mort du Net. Le net existe pour que les données circulent. C’est pour ce Net-là, le Net libre qu’on se bat. Pas celui qui est asservi aux multinationales. C’est ce que John Perry Barlow a essayé d’expliquer aux cravates, courageusement.

Je ne suis pas un bisounours. Evidemment que le commerce est là et qu’il fait tourner le monde, mais ce serait encore mieux de le faire tourner dans le respect des libertés fondamentales, et apparemment, ça, ce n’est pas possible. Et un jour, ça va se retourner contre eux, parce qu’on peut de moins en moins prendre les citoyens pour des cons.

Paul Baran avait imaginé un réseau qui puisse résister à une attaque nucléaire. Il n’avait pas imaginé l’#eg8.

Colère.

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