Pirat@ges : pas un documentaire de marin d’eau douce !

Je ne peux pas vraiment dire que je suis une vraie geek. Je suis trop une “fille du livre” pour ça. Je dis souvent que je suis une “geek d’adoption”. Je trouve ça plus juste. La culture geek est une nébuleuse à laquelle j’ai délibérément choisi d’appartenir, et je pense que ça a été en partie motivé par une certaine fascination d’intellectuelle. En dehors de mon réel goût pour le code. Toujours est-il que, partant du peu que je sais des geeks et des hackers, je me disais : “c’est trop complexe à aborder avec simplement soixante minutes de film, on va encore avoir droit à du cliché sur le pirate et le no-life…”. La barre que se sont fixée les réalisateurs du documentaire Pirat@ges était très haute : l’objectif était de traduire ce que c’est que le hacking en langage de néophyte, tout en ayant de jolies images, et sans que les vrais hackers ne se sentent mal décrits. Et ils ont réussi.

Je crois qu’on peut saluer leur travail. On voit trop peu souvent, malheureusement, cette finesse d’analyse, cette éthique de ne pas trahir le sujet, cette exigence du mot adéquat, chez les journalistes, aujourd’hui. Chapeau.

C’est le deuxième reportage de France 4 que je vois (avec celui de Jeanne, souvenez-vous) et je commence à croire que cette chaîne fait vraiment du bon travail. Même verdict pour les deux. Un document juste, qui ne trahit pas les témoignages, éclairant pour un néophyte, avec une impeccable réalisation. A l’ère de WikiLeaks et d’Hadopi, un tel document va peser lourd dans la balance. J’espère que les gens regarderont à deux fois avant de commencer à dire n’importe quoi sur les hackers après ça.

Ce documentaire fait quelque chose de très sain, c’est qu’au delà de la “simple” -hum- description d’une réalité, il donne les catégories pour penser cette réalité. Il donne les outils pour ne faire ni de l’angélisme (“le milieu hacker n’est composé que par des gens gentils, épris de démocratie, et curieux de tout”), ni de la diabolisation (“Les hackers sont tous des êtres malveillants qui mettent des virus partout et piratent ma carte bleue…”). Bien sûr qu’il y a des mecs qui piratent votre carte bleue sur le Net. Mais il y en a aussi qui luttent pour la NetNeutralité et qui jamais ne pirateront une ONG parce que c’est contraire à leur éthique. Il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac. Après on fait des lois contre des gens qu’ont rien demandé. Je pense qu’on a, après regardé Pirat@ges, les cartes pour ne plus faire cette grossière erreur.

Le débat qui a suivi était très intéressant, et a bien éclairé les zones d’ombre qui restaient -quand il en restait- dans nos têtes. Ce ne serait pas mal qu’on diffuse aussi ce débat, si on en a gardé une trace, d’ailleurs. Il donnait un complément parfait au film. J’ai eu droit à ma petite référence philosophique (ce qui peut paraître improbable, mais citer Foucault dans ce contexte est assez pertinent…il est quand même l’auteur de Surveiller et punir) et les intervenants se complétaient vraiment bien. On regrette le bug qui a fait qu’on n’a pas pu avoir droit aux questions posées par les internautes…

Un cocktail a suivi la projection. J’ai bavardé. Retrouvé des amis. Pour revenir au point de départ de cet article et boucler la boucle, le bilan de la soirée, en plus d’avoir appris plein de choses, c’est aussi que j’ai reconnu beaucoup de choses, dans ce qui s’est dit, qui étaient en adéquation avec tout un pan de ma culture et de mes convictions, avec ma manière de concevoir ma vie et mon travail. Même ma manière de militer. Franchement, je ne regrette pas d’avoir choisi cette culture d’adoption.

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