Marcher, pourquoi ?

Demain on marche.
Enfin, au MAG, on sera motorisés. Du moins pour ceux qui seront sur le Char !
Moi, je serai tout autour, à courir, à bénir les gens avec ma baguette magique pleine de paillettes. Je prépare des banderoles pour le Char depuis deux semaines (et je remercie ici les bénévoles qui m’ont aidée, qui ont fait un boulot génial et dont la motivation n’a jamais failli !) et mon déguisement depuis une semaine.
Ce n’est un secret pour personne, samedi, c’est la Marche des Fiertés.


Comment ça, c’est pas la Gay Pride ?

Nëh. Depuis une dizaine d’années, nous ne défilons pas, à Paris, sous la marque Lesbian & Gay Pride. Nous sommes chapeautés par un organisme militant, l’inter-LGBT, qui organise cette Marche dont elle a voulu montrer le caractère revendicatif par ce nom : Marche des Fiertés.


Marche, pourquoi pas Parade ? C’est le deuxième sens de «Pride», et ce serait plus juste, non ?

Marche est plus riche. Et la Marche des Fiertés est un peu plus qu’une simple parade. C’est un événement militant où un mot d’ordre est donné, avec des slogans, des attentes politiques. Nous demandons des droits. Toujours les mêmes, ben oui, puisqu’on n’arrive pas à les obtenir. Tout est dans le nom : Marcher, comme tous les autres mouvements militants qui marchent pour montrer leur mécontentement. Ce verbe est important : marcher, c’est aller de l’avant, c’est faire preuve dans l’espace de la ville que nous existons. C’est un verbe emprunt d’histoire : n’oubliez pas notre bonne vieille Marseillaise «marchons, marchons».


Pourquoi être «fier», à quoi ça sert ? Moi je ne revendique pas haut et fort mon hétérosexualité ?

Etre Gay, Lesbienne, Bi, ou Trans en France, ce n’est pas toujours facile. Beaucoup de gens sont là pour tenter de nous faire culpabiliser, pour nous faire croire que nous sommes malades. Mais nous n’avons pas honte. Nous sommes là pour le prouver. Il ne faut pas prendre le concept de «fierté LGBT» comme un orgueil, mais plutôt comme ceci : nous n’avons pas honte. Nous ne sommes pas des sous-hommes ou des citoyens de seconde zone. Nous nous aimons et c’est tout aussi beau qu’un homme et une femme qui s’aiment.
Et puis, nous avons tellement galéré pour : 1) nous rendre à l’évidence que nous en étions, 2) vivre avec au sein d’un entourage pas forcément open à tout cela, 3) vivre avec au sein d’une société qui a tendance à vouloir faire sans nous, qu’une fois que notre identité a été posé, gagnée au feu des baïonnettes, on l’hurle un peu, histoire de montrer un peu comme c’est pas simple du tout. Et pour la victoire d’avoir passé toutes ces barrières.


Evénement militant alors ? Et le festif ?

C’est les deux, et c’est pour ça que c’est intéressant. Il ne faut pas, à mon sens, monter l’un contre l’autre les deux aspects de la Marche, parce que c’est là le travers que beaucoup de médias prennent. La Marche est un événement militant, mais il signifie plusieurs choses, que j’ai essayé d’expliquer plus haut. Il a notamment une valeur qui remonte à une très vieille tradition : celle des carnavals.
Qu’est-ce qu’un carnaval ? C’est un événement où le modèle social est inversé : les gueux se parent des plus belles tenues les plus brillantes, et sont mis sur le devant de la scène pour une fois. C’est cela qui leur permet de supporter les brimades quotidiennes toutes l’année. La Marche c’est exactement ça. Vous ne pouvez pas savoir ce que ça fait de se retrouver sur un char à gueuler, c’est….on a le sentiment à la fois d’être très puissant et d’être très petit parce qu’on voit tous ces gens autour de nous qui dansent et chantent avec nous. C’est vraiment un événement qui nous fait tenir, nous qu’on frappe encore même dans les rues de la capitale, qui n’avons pas les mêmes droits que les autres, toute l’année.

Demain, on marche, et c’est plein de sens.

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